Thriller, SF ou romance, l’invitation à «lire local»

ÉditionVingt-cinq auteurs se sont associés sous l’impulsion de la Fribourgeoise Marilyn Stellini pour créer le groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. Explications.

La Lausannoise Cali Keys, spécialisée dans la romance et publiée en France, a rejoint le groupe des auteurs helvétiques de littérature de littérature de genre.

La Lausannoise Cali Keys, spécialisée dans la romance et publiée en France, a rejoint le groupe des auteurs helvétiques de littérature de littérature de genre.

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«Vous avez adoré «Le seigneur des agneaux»? Pourquoi ne pas vous lancer dans la trilogie «Le talisman de Paeregone» de la Fribourgeoise Katja Lasan? Ou dans «La gloire écarlate» du Vaudois Fabrice Pittet?» Fondatrice du groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre et elle-même auteure, Marilyn Stellini fourmille de suggestions de proximité dans les catégories policier, thriller, fantastique, science-fiction, romance. Elle incite à «lire local pour soutenir les auteurs d’ici, comme on choisit d’aller chez les petits commerçants.»

La Fribourgeoise de 32 ans a déjà créé sur ses terres le Salon du livre romand, il y a 5 ans. Elle a imaginé ce nouveau groupe d’auteurs «en constatant à quel point il nous était difficile, en salon, de toucher un public venu chercher de la littérature dite générale. Nous voulions nous regrouper pour dire qu’on existe et qu’on fait des choses intéressantes, car la littérature de genre souffre de préjugés. À tel point que, parfois, certains romans clairement de genre ne s’affichent pas comme tels pour des raisons commerciales.» Elle cite «Ce que je sais de Vera Candida», de Véronique Ovaldé pour le fantastique, ou «L’affaire Harry Quebert» de Joël Dicker pour le thriller.

«Aux Imaginales, à Épinal, j’ai pu mesurer en direct l’enthousiasme que suscitent mes livres»

La rencontre avec le public, ces auteurs qui assument leur genre y tiennent. La Montreusienne Cindy Mezni (fantasy) garde le contact avec ses lecteurs sur les réseaux sociaux, sans que cela remplace les salons. «Aux Imaginales, à Épinal, j’ai pu mesurer en direct l’enthousiasme que suscitent mes livres.» Outre les événements ciblés, les auteurs plaident pour un accès plus fréquent aux manifestations généralistes. La Genevoise Laurence Suhner, saluée pour ses écrits de science-fiction («Quantika») raconte avoir dû beaucoup insister pour participer au Salon du livre de Genève. «Je n’ai jamais été invitée à la soirée des auteurs ni sur la place suisse, et pourtant mes livres se vendent bien.»

Suissesses connues en France

Ces auteures dont les livres s’écoulent de l’autre côté de la frontière restent peu connues ici. C’est particulièrement vrai pour la romance, comme le confirme la Lausannoise Cali Keys, ou la fantasy, à l’instar de la Veveysanne Marika Gallman, dont les ventes de sa série «Maeve Regan» dépassent les 50 000 exemplaires.

La locomotive du polar

En Suisse romande, le polar monte en puissance depuis une dizaine d’années. D’où l’idée de Marilyn Stellini d’unir au-delà des genres, pour «faire profiter les autres de cette mise en lumière». Une frontière entre la littérature «blanche» et «noire» que Stéphanie Berg, en charge du rayon polar-SF-fantasy-fantastique chez Payot à Lausanne, voit s’amincir. Tout en constatant que les amateurs de science-fiction ou de fantasy peinent à sortir de leur rayon de prédilection. Comme pour la chick-lit. Marilyn Stellini le reconnaît, «les lecteurs ne sont certes pas toujours les mêmes mais leur point commun est de rechercher la littérature de divertissement.» Elle revendique le terme. Cali Keys abonde: «J’écris de la romance mais j’adore lire un bon thriller. Je ne dois pas être la seule…»

Malgré la vague du policier et du noir, Marie-Christine Horn constate qu’il y a encore du travail: «Je ne me souviens pas qu’un auteur de polar ait obtenu une bourse d’aide à la création littéraire ou un prix dans une catégorie généraliste, alors que bien des œuvres de genre ont des qualités littéraires indéniables.»

Peu d’éditeurs spécialisés

Si plusieurs éditeurs romands ont créé des collections dédiées au polar ou au noir, rien de tel pour la fantasy ou la romance. Beaucoup d’auteurs du groupe se sont ainsi dirigés vers l’autoédition. La science-fiction est mieux servie, avec une collection dédiée aux littératures de l’imaginaire développée par Hélice Hélas, à Vevey. Alexandre Grandjean, l’un des responsables de la maison, salue la création d’un groupe d’auteurs de genre: «On peut espérer la constitution d’une belle dynamique, d’un espace de partage et d’entraide, et le développement d’une littérature innovante en la matière.»

«Je trouve enrichissant de pouvoir discuter avec des auteurs d’ici qui écrivent dans d’autres genres que la littérature dite «blanche»

Ce que confirme la Genevoise Florence Cochet, qui publie ce mois «Le secret des Morriganes», un thriller fantastique à dévorer dès 15 ans: «Je trouve enrichissant de pouvoir discuter avec des auteurs d’ici qui écrivent dans d’autres genres que la littérature dite «blanche». On peut aussi échanger sur ses difficultés, recevoir des conseils et partager des bons plans.»

Au final, Marilyn Stellini rêve de «mettre en lumière les livres au-delà des genres.» À l’image de ces «blind dates» qui arrangent un rendez-vous entre un lecteur et un livre. Emballés avec du papier kraft, les ouvrages ne laissent rien filtrer de leur contenu, excepté un commentaire du libraire. Est-ce un auteur connu, de la littérature blanche, de la littérature de genre? Surprise. (24 heures)

Créé: 05.09.2018, 08h37

Quatre romandes qui assument leur style littéraire

SF



La Genevoise Laurence Suhner compose, avec sa très remarquée trilogie «Quantika», une valeur sûre de la SF romande. Elle est paradoxalement plus connue en France. Dans son dernier livre, le recueil de nouvelles
«Le terminateur» (L’Atalante, 2017) on retrouve son style fluide, habile et précis, dans des textes de SF, mais aussi d’autres, qui datent de ses débuts, proches du conte fantastique. De l’infiniment petit, l’accélérateur de particules au CERN, à l’infiniment grand avec le système solaire Trappist-I, le dépaysement est garanti.


Noir



La Fribourgeoise Marie-Christine Horn se plaît dans le noir, avec des histoires bien menées, où personnages et situations échappent aux stéréotypes. Elle écrit avant tout parce qu’elle en éprouve du plaisir, «ce que j’espère transmettre aux lecteurs.» Après «La piqûre», une enquête sur fond de peau qui démange, et «Tout ce qui est rouge» dans l’univers de l’art brut (L’Âge d’Homme), elle vient de sortir «24 heures» chez BSN Press. Une fiction nerveuse, conduite pied au plancher dans le monde des courses automobiles, avec un suspense bien orchestré.

Romance



La Lausannoise Cali Keys s’est mise à écrire parce qu’elle «adore divertir, raconter des histoires avec humour, mais il faut qu’il y ait un message aussi». Le terme de «chick-lit», elle l’assume. Elle a publié entre autres «L’Amour à pleines dents», Prix de la Romance 2017. La talentueuse Mélissa s’y démène pour percer dans la chanson, sur fond de nouvelle vie à Montréal et de déboires sentimentaux. Moelleuse comme les cupcakes de l’un des personnages, l’histoire se déguste dans un canapé douillet, un thé sucré à la main.

Fantasy



Longtemps fâchée avec les mots, la Montreusienne Cindy Mezni s’est mise à écrire sur un coup de tête. Une fin de livre peu appréciée, et hop, la voilà qui la recrée, en mode «fan fiction». Elle poursuit sur sa lancée et son blog trouve ses propres aficionados. Elle sort alors «Le dernier espoir» (urban fantasy), puis vient «Nephyr» (dark fantasy), ou la trilogie distopique «Iris empoisonnée». Publiée chez «J’ai Lu», elle s’autoédite désormais à cause d’un problème de santé qui l’empêche d’assurer les délais demandés par l’éditeur.

Les femmes en force

Sur les 25 membres du groupe, 9 sont des hommes, et trois d’entre eux – Julien Sansonnens (polar), Jean-François Thomas (science-fiction) et Ian S. Connaught (fantasy) – viennent de rejoindre les rangs. L’alliance s’est donc constituée sur un socle largement féminin. «Je crois que, de manière générale, plus de femmes que d’hommes écrivent», observe Marilyn Stellini. Même dans un genre réputé pour être un bastion masculin comme la science-fiction. Pour preuve, sur les dix meilleurs textes distingués par le premier Prix de l’Ailleurs, sept ont été écrits par des femmes. Les contributions ont été choisies à l’aveugle par un jury de spécialistes, parmi 110 textes reçus. Le tout compose un recueil qui ouvre une foule de réflexions sur la révolution numérique.

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