Un voyage initiatique au-delà du rideau de fer

LittératureIsabelle Flükiger a reçu le Prix Bibliomedia pour son beau roman «Retour dans l’Est».

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Isabelle Flükiger a grandi à Fribourg. Suisse alémanique par son père, elle a été élevée avec «la culture d’une école romande», aussi «un peu par la comtesse de Ségur, un peu par Balzac». L’auteure dévoile pourtant sa part d’altérité dans «Retour dans l’Est», son cinquième roman, largement autobiographique, distingué jeudi 28 juillet par le Prix Bibliomedia Suisse. Cet ailleurs se débusque déjà dans son prénom: Isabelle, comme Isaac et Bella, ses arrière-grands-parents maternels, juifs de Roumanie. Pourtant, l’héroïne de «Retour dans l’Est» ne sait rien de ce pays que sa mère a renié, qui persiste seulement dans sa façon de rouler les «r».

Alors, la fille insiste auprès de la maman, et les voilà parties à Bucarest. Dans une capitale constellée de grues, les traces du passé sont peu bavardes, quand elles n’ont pas carrément disparu, comme la maison des grands-parents, rasée comme un cinquième de la ville par Ceausescu.

Au lieu de l’exotisme fantasmé, la narratrice trouve une ville européenne, avec ses enseignes mondialisées. Alors Isabelle scrute le passé familial. Elle remonte à la Seconde Guerre mondiale, au spectre de la déportation, puis à la chape de plomb du communisme, jusqu’au départ de ses grands-parents pour Israël.

Dans un récit très documenté naviguant entre passé et présent, l’auteure parvient à merveille à lier destinées individuelles et grande histoire. Son héroïne, biberonnée à la démocratie, reçoit une leçon d’humilité face à ses aïeux contraints à une vie où tout se résumait souvent à «avoir de la chance». Un puzzle tragique reconstruit avec tendresse et retenue, comme un hommage à ces vies chamboulées, mais aussi une lumière qui vient enfin éclairer cette part d’Isabelle aussi obscure qu’importante. Parce que, écrit-elle, «à travers moi, hier n’arrête pas de passer».

Fondé en 1980, le Prix Bibliomedia a récompensé Michel Layaz l’an dernier, et aussi Étienne Barillier, Anne-Lise Grobéty, Roland Buti, Pascale Kramer ou encore Anne Cuneo.

(24 heures)

Créé: 28.06.2018, 09h01

«Retour dans l’Est»
Isabelle Flükiger
Éd. Faim de siècle, 224 p.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 11 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...