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«Nous n’allions pas les remettre en boîte»

Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg ouvrent les portes de leur imaginaire à six artistes atypiques. «Enferme-moi si tu peux», album en liberté brute.

Aloïse (1886-1964), née à Lausanne, où sera bâti le Musée de l’art brut, dessinée par Pandolfo et Risbjerg.
Aloïse (1886-1964), née à Lausanne, où sera bâti le Musée de l’art brut, dessinée par Pandolfo et Risbjerg.
DR

La Strasbourgeoise Anne-Caroline Pandolfo et le Danois Terkel Risbjerg se sont connus en 2000 dans la Babel du cinéma d’animation à Paris. Leurs amours ont pris un autre tour, mais leur complicité artistique pétille dans «Enferme-moi si tu peux», leur sixième album. En se moquant de chronologie, six représentants de l’art brut y engagent une conversation inespérée sur le rêve, la broderie et angoisses piquées à petits points. «Du singulier à l’universel, sur le banc de l’imaginaire, sans règle aucune», précise Anne-Caroline Pandolfo. Augustin Lesage, Madge Gill, le Facteur Cheval, Aloïse, Marjan Gruzewski et Judith Scott devisent en vieux amis qui se seraient reconnus au hasard du destin.

Pourquoi les saluer par la BD?

C’est Michel Thévoz qui le souligne en préface, parlant de la bande dessinée comme d’une «favela in-folio» dans la littérature. Avec Terkel (Risbjerg), nous avons foncé dans la liberté ludique et enfantine qu’elle offre. Personne ne vous en veut d’habiter la BD à votre guise, aucune légitimité n’y est exigée. Nous pouvions jouer sans codes, ni tabous. L’art, c’est un refuge intime auquel chacun a accès. L’ennui, le dommage, c’est que seuls les principaux concernés y vont. Pourtant, au-delà de toute notion de don ou de reconnaissance, ce lieu invite à échapper aux contraintes de l’embrigadement quotidien, d’exister autrement. Qu’il soit un mineur comme Lesage, ou une internée comme Madge Gill. Même la parité des sexes est apparue sans devoir forcer, il y a beaucoup de femmes impliquées en art brut. Déjà parce qu’au XIXe siècle, elles s’ennuyaient tant à la maison! Elles s’engagent dans le spiritisme, ne craignent pas d’explorer ces territoires des rêves, du surnaturel, le règne des esprits.

Mais avez-vous compris pourquoi ces exclus s’éveillent à l’art?

Il y a toujours le déclic d’un traumatisme qui, tout à coup, les précipite dans un monde intérieur. Pauvres, malades, handicapés, vieux, etc. La discrimination disparaît, les normes n’existent plus. Une porte s’ouvre enfin pour leur permettre de respirer loin de l’existence étriquée à laquelle ils étaient condamnés. Je me plais à reconnaître dans ces autodidactes, la faculté à créer hors de toute balise traditionnelle. L’art leur tombe dessus, les pousse à une productivité souvent énorme et ils ne s’en étonnent même pas.

Vos dessins captent leurs regards souvent pas dupes, Aloïse par exemple. Votre interprétation?

Aloïse était-elle schizophrène authentique ou simulatrice? La question reste ouverte. Au-delà, les témoignages concordent sur le fait qu’elle ait trouvé un havre de paix à travers ses créations. J’aime l’interrogation de Jean Dubuffet qui, l’ayant rencontrée, doute sérieusement de sa maladie.

Pourquoi ce titre?

Plus qu’au film de Steven Spielberg, c’est une allusion ludique à William Blake, l’idée d’une évasion qui nargue. Puisque nous avions décidé d’aller à l’aventure, nous avons largué les préceptes habituels du récit biographique. Ainsi, nous ne respectons pas la notion de véracité historique, sur l’évaluation de leur bonheur personnel notamment. Ce sont des vies dures, et nous le montrons. Mais je me concentre sur la manière dont ces six artistes s’en accommodent par la poésie et le dépassement. Il ne s’agissait pas d’aller encore plomber leur histoire, de les enfermer à nouveau mais plutôt de «s’envoler» avec eux. Car ils ont trouvé un truc, c’est certain… et parfois, je me demande encore lequel. Mais du coup, nous n’allions pas les remettre en boîte!

«Enferme-moi si tu peux»

Pandolfo/RisbjergÉd. Casterman, 168 p.

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La BD en mode bio

Dans le marché stagnant de l’édition, le secteur BD reste en croissance – 20% sur les dix dernières années selon l’institut GFK.

2018, année record même sans la superstar Astérix, a enregistré une hausse de 2,5%. Ce décollage était notamment assuré par un album cosmonaute, «Dans la combi de Thomas Pesquet», de Marion Montagne. Par Riad Sattouf aussi qui plaçait deux épisodes de «L’Arabe du futur» dans le top 20.

Si Titeuf et d’autres costauds des rayons mangas et comics, valident avec régularité un volume d’environ 44 millions d’albums sur le secteur francophone, le biopic s’incruste en phénomène durable. Les histoires vraies inspirent des collections entières dans une profusion inégale. À côté d’albums à la vulgarisation lourdingue destinés à punir les cancres, émergent aussi des œuvres singulières, typées par une furieuse originalité. Sélection récente (lire l'encadré).

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