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Amélie Nothomb, maîtresse d'une rentrée classe

La romancière belge est au rendez-vous de l'automne avec «Frappe-toi le coeur». Ambiance.

La romancière belge incarne la rentrée littéraire française depuis 1992. Cette année, son ouvrage s'intitule Frappe-toi le coeur
La romancière belge incarne la rentrée littéraire française depuis 1992. Cette année, son ouvrage s'intitule Frappe-toi le coeur
JEAN-BAPTISTE MONDINO
Le romancier-dramaturge-cinéaste-essayiste a toujours cette plume redoutable d'efficacité, qui entraîne son lecteur dans des intrigues faussement naïves. Dans La vengeance du pardon, quatre longues nouvelles interrogent sur le pardon, qui peut parfois davantage profiter à la victime qu'au fautif. Comme ces deux sœurs, jumelles d'apparence, mais pas de caractère. Comment vivre avec son clone opposé? Et cet étudiant qui séduit et engrosse une simplette rencontrée pendant ses vacances dans les Alpes, dont il ne reconnaîtra le fils que quand il servira ses intérêts. Pourquoi Elise vient-elle régulièrement visiter le tueur en série qui a assassiné sa fille? Et ce vieil aviateur allemand revêche qui tombe sous le charme d'une fillette et du Petit prince. Quatre pardons bien différents et parfois pervers.
Le romancier-dramaturge-cinéaste-essayiste a toujours cette plume redoutable d'efficacité, qui entraîne son lecteur dans des intrigues faussement naïves. Dans La vengeance du pardon, quatre longues nouvelles interrogent sur le pardon, qui peut parfois davantage profiter à la victime qu'au fautif. Comme ces deux sœurs, jumelles d'apparence, mais pas de caractère. Comment vivre avec son clone opposé? Et cet étudiant qui séduit et engrosse une simplette rencontrée pendant ses vacances dans les Alpes, dont il ne reconnaîtra le fils que quand il servira ses intérêts. Pourquoi Elise vient-elle régulièrement visiter le tueur en série qui a assassiné sa fille? Et ce vieil aviateur allemand revêche qui tombe sous le charme d'une fillette et du Petit prince. Quatre pardons bien différents et parfois pervers.
PASCAL ITO
Si un écrivain a fantasmé sa vie en fiction, c'est Romain Gary, sublime faussaire qui remporta le Goncourt deux fois grâce à un pseudo. François-Henri Désérable, 30 ans, mate à son tour ce jeu de miroirs, s'y démultipliant en visages tronqués, voire grotesques. Loin de l'autofiction pesante, dans Un certain M. Piekielny l'auteur enquête sous un alibi parfait. Gary, enfant, n'a-t-il pas reçu de son voisin une supplique, parler de lui à tous les gens importants qu'il rencontrerait? De cette «souris triste», il tirera un énergumène aléatoire dans son œuvre, le Baron. Ode à un mytho génial – le romancier par définition –, l'exercice d'admiration subjugue par sa fraîcheur rouée.
Si un écrivain a fantasmé sa vie en fiction, c'est Romain Gary, sublime faussaire qui remporta le Goncourt deux fois grâce à un pseudo. François-Henri Désérable, 30 ans, mate à son tour ce jeu de miroirs, s'y démultipliant en visages tronqués, voire grotesques. Loin de l'autofiction pesante, dans Un certain M. Piekielny l'auteur enquête sous un alibi parfait. Gary, enfant, n'a-t-il pas reçu de son voisin une supplique, parler de lui à tous les gens importants qu'il rencontrerait? De cette «souris triste», il tirera un énergumène aléatoire dans son œuvre, le Baron. Ode à un mytho génial – le romancier par définition –, l'exercice d'admiration subjugue par sa fraîcheur rouée.
DR
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Certains vous diront que la rentrée littéraire se place sous le signe du réel, que les écrivains (ndlr: dont notre top 10 à découvrir dans la galerie ci-dessus) broient le graphite calamiteux du quotidien, qu’ils ressassent les blessures, de l’une ou l’autre guerre mondiale au dernier attentat terroriste. D’autres insistent sur ces candidats aux fameux prix de l’automne, qui réinventent des vies de personnes ayant réellement existé pour mieux parler d’eux-mêmes. Les titres clament leur inspiration, évoquant Sheila, Robert Kennedy ou David Bowie. Et puis il y a Amélie Nothomb. Quel que soit l’air du temps qui souffle sur les pages, la Belge au rouge à lèvres carnassier se moque des tendances. Jadis première de classe dans les années nonante, désormais baronne respectée des lettres, la flamboyante rappelle à chaque automne que les romanciers singuliers ne se donnent jamais le mot. Et que le style, s’il ne tient pas plus à un chapeau qu’à une redingote, importe autant, au fond.

A la cinquantaine, la cinglante hante les librairies. Frappez-lui le cœur. Frappe-toi le cœur, sa dernière livraison, renoue avec la perversion cruelle. L’Académicienne belge emprunte son titre à ce bon vieil Alfred. De Musset n’arrivera pas à panser les plaies griffées par ses fantasmes tordus, même si son vers se complète d’une promesse: «C’est là qu’est le génie». Sa principale protagoniste, Diane chasseresse, étudie d’ailleurs la cardiologie et s’impose en surdouée. La docte universitaire souffre de palpitations cardiaques à cause d’une mère, Marie qui ne l’aime pas. Reste troublée face à une sœur si préférée, Célia. Ne reprend son souffle qu’avec Elizabeth, meilleure confidente. Ce petit génie que le poète romantique transplante son cœur brisé dans une relation assidue avec un mentor, Olivia. Amélie Nothomb refuse de conclure une cour quasi saphique entre Diane et sa collègue ambitieuse, arrogante de beauté, impériale manipulatrice. Mais laisse cette fée Carabosse dépecer l’âme et le corps de son héroïne avec une monstruosité obstinée.

Japonisante par son éducation cosmopolite de fille de diplomate, la romancière s’est toujours accommodée des rituels barbares. La jeune Amélie a partagé ses déviances, des croûtes de fromage pourri qui nourrissaient son inspiration, aux coupes de champagne vidées à quatre pattes sous les tables lors des réceptions mondaines dans les ambassades qui ont peuplé son enfance. Jusqu’à ses livres, dont la dynastique Nothomb affirme qu’ils lui tiennent lieu de progéniture. Son 26e roman, le 87e selon elle, «avec les bâtards et autres enfants perdus», abuse sans doute du bazar psychanalytique. De stupeur en tremblement, la conteuse a déjà tué le père, la voici qui sabre la mère. Et comme toujours, l’opération à cœur ouvert tient en moins de 200 pages.

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