Antoinette Rychner raconte six mois en apnée, au chevet de son enfant malade

LittératureL'auteure neuchâteloise évoque dans un petit livre poignant la traversée en famille du cancer de son fils aîné.

L'auteure Antoinette Rychner évoque dans un récit intime et touchant six mois d'un quotidien chamboulé, sous tension permanente, aux côtés de son fils malade.

L'auteure Antoinette Rychner évoque dans un récit intime et touchant six mois d'un quotidien chamboulé, sous tension permanente, aux côtés de son fils malade. Image: FLORIAN CELLA

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C’est une période prolifique pour Antoinette Rychner, avec trois publications sorties dans un mouchoir de poche. Après ses «Pièces de guerre en Suisse» jouées au Théâtre de Vidy en novembre, l’auteure neuchâteloise a publié au début de l’année «Après le monde», un roman en prise avec les questions climatiques actuelles. Le troisième texte n’était pas prévu. Il s’est imposé aussi soudainement qu’un orage dans un ciel bleu. Comme la maladie de son fils, alors âgé de 5 ans.

«Peu importe où nous sommes» retrace dans un ouvrage poignant mais jamais larmoyant une vie de six mois en apnée, dès l’annonce de la leucémie rare de son enfant. Viennent d’abord l’angoisse et la sidération après le diagnostic, les médecins qui rassurent malgré l’extrême gravité du cas: «Pour qu’un organisme d’enfant crashe, il faut y aller.» Afin de combattre ce cancer au développement ultrarapide, l’enfant subira six chimiothérapies à un rythme soutenu.

Dans un récit prenant qui se lit d’une traite, l’écrivaine embarque le lecteur dans ce «pays nouveau», où elle navigue entre le CHUV et un appartement destiné aux familles des malades. Car lorsque son aîné a été hospitalisé, Antoinette Rychner allaitait son cadet, un bébé de 3 mois. Pour pouvoir continuer, elle s’installe avec lui à l’Intervalle, tandis que durant tous ces mois son mari dormira à l’hôpital avec leur fils aîné.

La journée, la maman se retrouve seule à la barre, quittant le malade à intervalles réguliers pour aller allaiter son bébé, pris en charge hors des tétées par la grâce d’un formidable réseau de solidarité qui s’est créé. C’est à ce bébé qu’Antoinette Rychner narre ce que la famille a vécu. Une manière de laisser une partie des détails d’un corps en lutte derrière le rideau du lit d’hôpital. «J’ai pu commencer à écrire lorsque j’ai trouvé cette forme adressée au cadet, ça a débloqué le problème d’impudeur, car je ne voulais pas décrire tout ce qui se passait dans les traitements.»

La condition du malade est évoquée par petites touches: les changements physiques de ce «nouveau garçon vulnérable et amorphe», ses baisses de moral, mais aussi sa fascinante capacité à redevenir l’enfant qu’elle connaît lorsque la douleur baisse. Pour ne pas trop en dévoiler sur lui, Antoinette Rychner livre ce qui se passe en elle, comme les tiraillements pour ne pas léser un de ses enfants, ou les premières fois paniquantes – IRM, transfusion, fièvre – et d’autres aléas que la famille apprendra ensuite à gérer.

Elle dit ce quotidien qui, malgré toute l’aide apportée, file à un rythme si soutenu qu’il lui laisse «à peine le temps d’aller aux toilettes», ou les échanges avec son mari qui tournent avant tout autour des questions logistiques. Puis vient la peur, paradoxale, à l’annonce de la première autorisation de rentrer à la maison, d’abord pour 48 heures, puis pour quelques jours. Peur de ne pas savoir gérer un enfant qui nécessite beaucoup de soins. Et enfin, la rémission, suivie du retour à l’école.

Avec le récit littéraire de cette traversée rude et intense à l’issue heureuse, Antoinette Rychner ne prétend pas parler pour tous les parents d’enfants malades: «Nous avons eu beaucoup de chance, car le traitement de certains cancers peut être beaucoup plus long.»

Beaucoup de chance, aussi, d’avoir pu rester en famille malgré les contingences de la vie qui continue. Car finalement, «peu importe où nous sommes», l’important réside dans le lien.

Créé: 16.02.2020, 08h52

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Le livre

«Peu importe où nous sommes»
Antoinette Rychner
Ed. d'Autre part, 158 p.

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