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Arpenter la «Vallée lyrique» avec les poètes

Un beau livre fait redécouvrir le patrimoine poétique romand au fil de vingt promenades, dont la moitié dans le canton de Vaud.

La première balade du livre évoque notamment l’ascension de Lord Byron au col de Jaman. Le poète anglais a participé à la propagation de la vision romantique d’une Suisse édénique.
La première balade du livre évoque notamment l’ascension de Lord Byron au col de Jaman. Le poète anglais a participé à la propagation de la vision romantique d’une Suisse édénique.
MARCO DE FRANCESCO

Les pendulaires de l’arc lémanique ne le savent pas mais, chaque matin dans les embouteillages ou les trains bondés, du Valais jusqu’à Genève, ils empruntent aussi une «vallée lyrique» qui a inspiré rien moins que Byron, Hugo, Rilke ou Borges. Le concept a servi de fil conducteur à l’édition 2019 du Printemps de la poésie, et fait référence à «un monument poétique sous les strates du quotidien», selon les mots d’Antonio Rodriguez, directeur de la manifestation, professeur de français à l’Université de Lausanne et poète. Un édifice aux contours flous qui prend corps grâce à l’exhumation de manuscrits, poèmes, lettres embrassant les terres lémaniques, mais musardant aussi du côté de Fribourg, de Neuchâtel ou du Jura.

Après avoir édité un premier recueil de balades lausannoises dirigé par Daniel Maggetti et Stéphane Pétermann, les Éditions Noir sur Blanc élargissent l’exploration de ce terreau littéraire, toujours sous la houlette de l’Université de Lausanne.

L’ouvrage «Le poème et le territoire», dirigé par Antonio Rodriguez et Isabelle Falconnier, offre une visibilité supplémentaire à ce patrimoine poétique au fil de lieux à découvrir le plus souvent à pied. Libérés des contraintes du quotidien et de la vitesse, les lecteurs arpenteurs pourront alors mieux s’imprégner des mots des poètes étrangers qui ont magnifié ce territoire, mais aussi des textes des auteurs d’ici, de Gustave Roud à Nicolas Bouvier en passant par Corinna Bille. Apparaît alors aux promeneurs un ici qui renvoie à un ailleurs, temps ancien ou terroir transcendé par la poésie.

Assez volumineux, le livre tient davantage de l’anthologie poétique que du guide pratique. Il se laisse ainsi volontiers parcourir dans le confort d’un canapé, car certains écrits n’ont pas de rapport direct avec le lieu où ils ont été composés. Des plans dessinés des itinéraires permettent néanmoins aussi de savourer les mots en route. Lus au fil des balades, certains textes entrent ainsi en résonance avec ce qui s’offre à la vue du promeneur.

Parmi la vingtaine de propositions, la moitié chemine à travers le «bien joli canton» chanté par Jean Villard-Gilles, d’ailleurs présent dans le recueil avec un parcours longeant la Venoge, la rivière qui a aussi donné son nom au plus célèbre poème du chansonnier. Au fil des pages, les terres vaudoises s’y déplient de la Riviera à La Côte en passant par Lausanne ou le Jorat. Les itinéraires de Clarens jusqu’à Rivaz rappellent l’importance de la région pour les Romantiques (lire ci-contre), mais aussi la littérature liée à la Fête des Vignerons, du «Passage du poète» de Ramuz à François Debluë, librettiste de la Fête en 1999. Plus loin en direction de Genève, on peut suivre le parcours d’Alphonse de Lamartine venu en exil en 1815 pour échapper à l’enrôlement dans les troupes napoléoniennes. Du château de Vincy à Gilly jusqu’à celui de Coppet, en passant par Rolle. De ses pérégrinations, l’auteur a tiré le poème «Ressouvenir du lac Léman», dont la sortie bien plus tard, en 1841, a constitué un véritable événement.

Autre ambiance dans le Jorat, où Gustave Roud inscrit sa quête d’un paradis humain éloigné de l’image édénique des montagnes ou du Léman magnifiés par les Romantiques. Il a inspiré tant Philippe Jaccottet que Jacques Chessex. Le premier, né à Moudon, évoque dans «Gustave Roud» la maison du poète, à Carrouge, tandis que l’auteur de «L’Ogre» finit par s’établir non loin de là, à Ropraz.

Lausanne, enfin, n’est pas oubliée, avec les textes d’autres Romantiques qui y ont séjourné, Sainte-Beuve et Adam Mickiewicz, mais aussi ceux de la Lausannoise Anne Perrier, à découvrir au fil des maisons où a habité cette citadine, qui s’est notamment installée avec son mari et leurs deux fils à la rue des Acacias, comme Ramuz cinquante ans avant eux. Le livre invite ainsi à regarder la Suisse romande autrement pour y découvrir ou redécouvrir un foisonnant patrimoine poétique, parfois inspiré par ce qui s’offre quotidiennement à nous, juste devant nos yeux.

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