«Banana Spleen», la rage de vivre et d’écrire au-delà du deuil

LittératureAprès «Permis C», Joseph Incardona retrouve un André Pastrella trentenaire et déprimé.

Après <i>Permis C</i> et <i>Le cul entre deux chaises</i>, Joseph Incardona livre la suite des aventures d'André Pastrella dans <i>Banana Spleen</i>.

Après Permis C et Le cul entre deux chaises, Joseph Incardona livre la suite des aventures d'André Pastrella dans Banana Spleen. Image: VANESSA CARDOSO

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Joseph Incardona aime plus que tout raconter des histoires. Imaginer un personnage, puis dérouler sans tabou le fil de ce qui pourrait advenir, jusqu’au drame. Un savoir-faire que le Genevois a démontré entre autres dans Derrière les panneaux, il y a des hommes (Grand prix de littérature policière 2015) ou Chaleur (Prix du polar romand 2017). Dans un registre plus intimiste, il met en scène son opiniâtre lutte pour faire de l’écriture son métier, à travers les vicissitudes qu’il prête à son alter ego André Pastrella.

Permis C, paru en 2014 et élu Roman des Romands en 2017, raconte l’arrivée du jeune immigré italien dans la Genève des années 1970. Le cul entre deux chaises suit le double fictionnel de l’auteur dans ses tribulations pour trouver un emploi stable.

Le héros attachant et un peu paumé revient dans Banana Spleen . Paru en France en 2006, le roman ressort chez BSN Press dans une version augmentée. On y retrouve un Pastrella à la situation stabilisée. En couple avec Gina, il enseigne, écrit, fête Noël avec la belle-famille. Cet idéal social de la vie de couple installée semble être devenu un quotidien qu’il chérit, à son grand étonnement. Jusqu’au décès de celle qui partage sa vie.

À la légèreté toujours empreinte d’autodérision des cinquante premières pages succède alors le poids d’un chagrin abyssal, tant il lui semble impossible de «conjuguer» Gina à l’imparfait. Tous les repères de cette vie dans laquelle il s’est moulé s’effacent alors peu à peu. Pastrella perd son travail, ses amis, quitte son appartement sur un coup de tête sans savoir où aller, songe même durant quelques heures à s’installer dans une insalubre cabane de jardin au loyer honteusement élevé avant de squatter chez un copain.

Dans une Genève grise comme son âme, il traverse une crise mystique, acquiert un monument funéraire hors de prix avec l’aplomb du désespéré, dans un chapitre hilarant et surréaliste qui reflète toute l’absurdité de sa situation. Le voilà bientôt forcé au stage de réinsertion par le chômage. Le sursaut viendra non de la formation mais de la formatrice, dont la sévérité dissimule des failles qui s’accordent aux siennes. Dans Banana Spleen, le tragique côtoie sans cesse le comique pour évoquer avec force et tendresse ce combat pour continuer à vivre. Et à écrire.

Créé: 26.03.2018, 20h00

«Banana Spleen», de Joseph Incardona, aux éditions BSN Press, 320 pages

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