A Berlin, Max Frisch rédigea un journal posthume

LittératureDe 1973 à 1974, l'auteur de «Montauk» côtoya l'élite littéraire allemande.

Frisch voulait que son «Journal berlinois» fût publié vingt ans après sa mort.

Frisch voulait que son «Journal berlinois» fût publié vingt ans après sa mort. Image: Getty/Monique Jacot

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Tenir un journal est autant un exercice d’investigation qu’un risque: celui de brader des mystères sacrés qui régissent la créativité. Sinon l’occasion de délibérément les profaner. Telle fut une des gageures du grand romancier et dramaturge alémanique Max Frisch, décédé en 1991, lorsque, vingt ans auparavant, il publia deux volumes de réflexions, qui remportèrent un vif succès en Suisse et en Allemagne de l’Ouest. Une nation où il avait un lectorat fidèle, mais aussi des amis.

A Berlin au cours d’un séjour d’une année, il noircit d’une plume enfiévrée cinq pleins cahiers d’impressions d’un Helvète peu ou prou acclimaté dans une cité vertigineusement coupée en deux, mais doublement vivante. Sa Zurich natale aurait-elle survécu à une pareille scission? C’est une des interrogations qui rendent passionnant ce Journal berlinois, que Frisch voulut garder secret jusqu’à vingt ans après sa mort. De ces cahiers, les Editions Zoé n’en publient en français que deux – les autres seraient émaillés de détails pas encore divulgables… Mais d’entrée, on découvre un homme qui doute, et se sent vieux: «Je m’étonne à l’idée d’avoir bientôt 62 ans. Aucune sensation corporelle, je ne sens pas que d’ici quelques années ce sera la fin. Comme lorsqu’on jette un coup d’œil à sa montre: il est déjà si tard?»

A Berlin, il fréquente un Günter Grass en train d’achever le Journal d’un escargot, un Uwe Johnson revenu de New York. De l’autre côté du mur, une Christa Wolf, l’auteure la plus fascinante de la RDA. Il se méfie de lui-même, alors qu’il est en train d’écrire L’homme apparaît au Quaternaire, un chef-d’œuvre qui paraîtra en 1982 chez Gallimard.

Créé: 23.10.2016, 22h47

L'ouvrage



«Journal berlinois,
1973-1974»

Max Frisch, traduit de l’allemand par Camille Luscher
Ed. Zoé, 219 p.

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