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Bon plan, le sexy Hiroshige invite à mater ses estampes

Dans la masse des beaux livres enrubannés pour les Fêtes, le Japonais se singularise. Comme toujours.

Le Néerlandais Matthi Forrer s’est voué aux Japonais Hokusai et Hiroshige, s’arrachant la tignasse pour comprendre en quoi ces maîtres du 19e s. avaient pu tourner la tête des peintres de Manet à Van Gogh, des écrivains de Proust aux Goncourt, des poètes, Baudelaire, Mallarmé etc. Entre autres, car l’attraction demeure à travers les âges.

Chercheur passionné, le conservateur des arts japonais au musée de Leyde, tombe parfois sur de savoureuses anecdotes. «Claude Monet dit avoir découvert les estampes japonaises lors d’un séjour en Hollande, en 1871, en achetant du thé enveloppé dans des estampes.» L’histoire se révèle fausse. Et d’admettre, dépité. «Toutes ces découvertes dans la seconde moitié du 19e s., ne nous aident guère à comprendre l’accueil réservé à Hiroshima.»

En plus de leur magnétisme inouï, remarque l’expert, Hokusai et Hiroshige s’ignoraient avec un royal dédain et les larrons ne semblent guère s’être influencés. Détail aussi hallucinant, leur sens de la captation, vol d’un oiseau ou parfum de fleur, échappe à la tradition même de l’estampe japonaise. De quoi s’interroger. Et Matthi Forrer, déjà auteur de livres notoires sur Hokusai, de s’attaquer au monument Hiroshige (1797-1858). Cet album, mis en scène sur papier double avec le soin maniaque que l’artiste exigeait de ses propres imprimeurs, se dévore comme une superproduction cinématographique.

Fils d’un pompier, destiné à le suivre dans la brigade shogunale chargée de protéger le château d’Edo, Hiroshige grandit en caserne. L’artiste attendra l’âge de 35 ans avant de pouvoir passer cette charge à son fils. Mais le job ne le monopolise guère, il put voyager à loisir à travers le Japon pour y saisir des paysages bucoliques, scènes sociales et autres tableaux d’époque. Ces vues provinciales l’établissent, même si ses clients doivent admettre que le maître dérive volontiers de son sujet. De là, l’homme occupe une position d’outsider, même au firmament.

En 1853, dans la liste des artistes appréciés, Hiroshige, qui décède cinq ans plus tard, ne se classe que troisième. Matthi Forrer note d’ailleurs qu’«il semble qu’Hiroshige ait été apprécié en Europe et en Amérique avant même de l’être dans son pays natal.» La richesse même de son œuvre, estimée entre 5400 et 8000 pièces, témoigne autant de sa liberté de mouvement que d’esprit. Au sein d’un système rigide, le puissant visionnaire campe en solitaire.

Alors que 90% des estampes représentent les acteurs du théâtre kabuki, les courtisanes élégantes, bourgeoises huppées ou prostituées, Hiroshige s’invente son propre «ukiyo-e», un «monde flottant» qui n’appartient qu’à lui. Autre particularisme, au contraire des maîtres en vogue, ce génie du réalisme poétique prend peu d’élèves. Alors que les disciples affluent vers son atelier, lui estime que chacun doit se forger son propre style.

Par contre, comme ses pairs, le surdoué produit des séries, Cinquante-trois étapes de la route du Tökaidõ par exemple, qui lui valent une gloire instantanée. Mais démontre Matthi Forrer dans ce formidable ouvrage, la grandeur de cet épicurien porté sur le saké, moine bouddhiste sur le tard, se dévoile en catimini, dans les pans ignorés par les expositions dont la star fera l’objet.

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