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Un Canadien se lance à la conquête de l'Ouest, le vrai

En cow-boy inspiré, Guy Vanderhaeghe cavale entre Amérique et Canada à la fin du 19e s., sur la dernière Frontière. Trilogie inspirée.

Guy Vanderhaeghe. Ed. Albin Michel, 562 p.
Guy Vanderhaeghe. Ed. Albin Michel, 562 p.

Avec Comme des feux dans la plaine se conclut une somptueuse trilogie entamée il y a une vingtaine d’années avec La dernière traversée et Comme des loups. Son auteur Guy Vanderhaege a laissé longtemps infuser les faits avant d’en extirper cet épais western musclé, à la sécheresse factuelle dépouillée de toute graisse mythologique. Ici, à la dernière Frontière, entre Amérique et Canada, les clichés sur l’Ouest sont battus en brèche. Une dizaine d’années après la guerre de Sécession, les soldats de tout bord assistent à la lente dissolution d’une époque dans la modernité triomphante du 20e s. Historien avant d’avoir été romancier, archiviste, professeur et chercheur, l’écrivain sexagénaire se méfie de la glorification héroïque comme d’une méchante fièvre qui emporte les troupeaux.

Inutile d’y voir les restes d’une éducation à la dure, dans une bourgade minière industrieuse du Saskatchewan. Tout au plus cet érudit se souvient-il d’une passion irrésistible pour les histoires dès le berceau. Ou du moins, du temps où il campait au pied de la machine à coudre de sa grand-mère qu’il harcelait pour qu’elle lui conte encore et encore ses épopées. La plus proche bibliothèque était à 200 kilomètres de la maison familiale. Par contre, une vaste parentèle défilait, porteuse d’extravagants récits de voyages qui ricochaient, «tels des impros de jazz», à travers l’Europe, la Seconde Guerre mondiale et autres aventures. Puis, explique-il, vint le monde de Gary Cooper, John Wayne et autres cow-boys de Hollywood. «Mais moi, confiait-il au Globe and Mail, dès que je rentrais à la maison, dans nos jeux de gosse, je jouais l’Indien. J’avais baptisé mon poney Pinto, je portais un bandeau et je savais même tisser des perles.» Avec humour, Vanderhaege note enfin que son destin s’est sans doute noué à cause de camarades. «Plus encore que les choux de Bruxelles, ils détestaient les «Classics Illustrated Series» qui finissaient en invendus chez le droguiste, préférant les comics. Je me suis donc vautré là-dedans, avec leurs extraits de Michel Strogoff, L’homme au masque de fer ou Olivier Twist

«Dans nos jeux de gosses, je jouais l’Indien. J’avais baptisé mon poney «Pinto» et je savais même tisser des perles»

L’ultime volet de sa trilogie saisit l’Ouest dans l’un de ses plus complexes soubresauts, vers 1880 sur les terres sauvages de la Frontière où peuples et mentalités s’entrechoquent. Guy Vanderhaege tente de circonvenir les forces en présence en posant un premier triangle. Wesley Case, la honte de sa famille bourgeoise, s’est vu obligé de quitter la police montée. Il fuit l’autorité de son père qui aimerait le caser dans la politique et le pousse dans la diplomatie. Le jeune homme rêve de s’acheter un ranch dans le Montana. En attendant, il sert d’agent de liaison avec les Américains postés à Fort Benton. Le détestable Major Walsh y négocie les relations houleuses avec les Sioux. Car Sitting Bull vient de battre le général Custer à Little Big Horn. Pourtant, plus qu’un clash avec les Indiens, Wesley Case redoute les colères aveugles de Walsh, son supérieur pompeux.

En universitaire accompli, Guy Vanderhaege disserte volontiers sur le miroir déformant des travers contemporains. «De nos jours, à cause du cinéma, de la télévision, et encore plus d’Internet, le pouvoir des images n’agit pas seulement comme un instrument de contrôle sur la compréhension du passé. Cette puissance de frappe finit par ronger, entame tout sens critique.» Lui-même s’avoue sans cesse sur le qui-vive quand il laisse galoper son esprit dans les vastes plaines du Far West. Conscient du paradoxe, l’historien scrupuleux ne s’autorise qu’une unique dérive, ses personnages. Autant dire que la brouille entre le major Walsh et le sous-officier Case va se transcender à travers les beaux yeux d’Ava Tart, une épouse qui se meurt d’ennui à force de respectabilité. De quoi enflammer la grande histoire.

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