Catherine Lovey a l’ironie très tendre

LittératureLa romancière romande livre un petit bijou de roman, aussi drôle que grinçant, amusé que fâché

Catherine Lovey, criminologue et licenciée en sciences politiques, ex-journaliste et écrivain.

Catherine Lovey, criminologue et licenciée en sciences politiques, ex-journaliste et écrivain. Image: Chris Blaser

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Que faire quand vos enfants vous offrent une croisière de rêve dont vous n’avez aucune envie? La réponse de M. et Mme Rivaz est simple: débarquer dans le hall de la gare de départ et annoncer aux guides qu’ils ne viendront pas tout en leur demandant de ne pas prévenir leur fils. Cette rencontre sur le quai va bouleverser la narratrice qui voit sa vie exploser, ses buts et ses envies lanterner.

Il y a une maturité d’écriture dans le dernier roman de Catherine Lovey – elle qui avait publié le premier il y a dix ans seulement, «L’homme interdit» –, il y a une drôlerie désabusée, un art consommé de décrire l’absurdité que peut souvent générer le quotidien. Comme celui de la narratrice, guide remplaçante, femme flottante. Elle méprise un peu son chef sur le paquebot, mais en fait un amant de voyage avant d’aller le veiller à l’hôpital où son suicide improbable l’a plongé dans le coma, puis la mort. Elle côtoie son amie d’enfance, punk égocentrique reconvertie dans le yoga. Elle consulte la doctoresse Sandemann qui ne lui propose jamais de traitements, mais qui «m’a toujours dit ce que je souhaitais entendre». Une vie faite de petits riens décrits avec talent, avec cette précision drôle de l’écrivain valaisan.

Et puis, comme révélateur et comme lieu de sagesse, il y a la maison des Rivaz, où la vie semble s’écouler si paisiblement loin des fracas du monde. Juste et Hermine jardinent, cuisinent, se promènent, se disputent aussi gentiment qu’ils s’aiment sincèrement. Chez eux, le monde trouve un sens, loin d’eux, il s’oublie. «Tout passe et se renouvelle, c’est ainsi, et cette belle neige passera. Moi-même, je passerai bientôt», avertit Juste Rivaz au retour de la promenade. Les Rivaz ne proposent aucune solution, ils sont, tout simplement.

Catherine Lovey réussit à rendre passionnant cette plongée dans un univers d’anonymes, de détails, d’instants fugaces, de bribes d’histoires qui soudain forment un suspense. Sa plume y glisse poésie, introspection, ironie, délicatesse. Et tant de tendresse aussi. (24 heures)

Créé: 05.04.2016, 14h27

Le livre

«Monsieur et Madame Rivaz»

Catherine Lovey

Ed. Zoé, 320 p.

Le site de l'auteur où sa plume se prolonge: www.catherine-lovey.com

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