Le cheval, le meilleur ami de Derib et du Jura

Bande dessinéeSollicité par les passionnés du Franches Montagnes, le dessinateur vernit vendredi à Saignelégier «Le galop du silence», album hommage à la seule race indigène.

«Le Galop du silence» à peine terminé, Derib a continué à dessiner des chevaux dans son atelier sous les toits de sa demeure de La Tour-de-Peilz.

«Le Galop du silence» à peine terminé, Derib a continué à dessiner des chevaux dans son atelier sous les toits de sa demeure de La Tour-de-Peilz. Image: VANESSA CARDOSO

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Il fallait un nom débutant par «C», «Colorado» sonnait bien à l’oreille de Derib qui voyait déjà la monture guider l’allure de son album-hommage au cheval des Franches-Montagnes, «Le galop du silence». Sauf qu’avec un «Colorado» hennissant pour de vrai dans les plaines jurassiennes, autant s’économiser le risque de faire des jaloux. «Caran d’Ache» l’a donc emporté et la marque – centenaire cette année – a su apprécier la valeur du clin d’œil du bédéaste au crayon de son enfance.

Restait à donner un destin au poulain, ce sera une cavalcade pour la seule race indigène reconnue en immersion dans le microcosme de ses éleveurs.

L’intrépide débourré par Manon, la fille prodigue enfin de retour à la ferme, en a donc sous le sabot. L’esprit libre et la carrure d’un champion, l’étalon aide sa cavalière à franchir les obstacles de l’existence grâce à son tempérament cent pour cent jurassien. Un vrai pur-sang des Franches- Montagnes… comme les héros de papier du «galop du silence» qui ont tous leur double entre Les Bosses, Saignelégier et Delémont. «Il y avait une envie de communiquer sur cette race, sur son potentiel de monture de loisirs, l’impulsion a été donnée par le président de la Fédération jurassienne d’élevage.

Vendredi à Saignelégier c’est, insiste Derib, «un pur produit jurassien qui sera verni.» A une exception près? «Raté! Je suis à moitié Jurassien par ma mère, une enfant de Bonfol, même si je vis toujours dans ma maison natale à La Tour-de-Peilz.»

Un toit encore en pleine nature depuis lequel il voit les cavaliers accrochés à leur natel. «Ça m’énerve, ils ne profitent plus de leur cheval.» Un toit sous lequel son imaginaire a pris l’allure du ‹galop du silence›, album sorti trois ans après «Tu seras reine», hommage à la race d’Hérens et tirant sur les mêmes ficelles: une icône du cheptel helvétique dans le premier rôle, le goût de l’authentique, des envies de nature sauvage. Alors l’accusation d’opportunisme, le bédéaste la sent poindre mais il ne se démonte pas.

Son esprit «bon enfant» assumé, Derib a toujours revendiqué son choix de vie – celui de la nature – comme sa profession de foi: «J’en entends déjà ironiser et se demander quel sera le prochain sujet? Les chiens du Saint-Bernard peut-être! Mais l’essentiel pour moi reste de faire de la bande dessinée et le joli succès de Tu seras reine me conforte. Vendu à 20'000 exemplaires à travers la francophonie, il a même incité des lecteurs belges à venir découvrir les terres des vaches bagarreuses.»

La voie ainsi tracée, balisée et éprouvée, Le galop du silence sort à 15'000 exemplaires (dont 5000 pour la France et la Belgique et 5000 en Allemand. «Je me souviens d’une interview d’Uderzo, un soir au «20 heures» de TF1. Le journaliste lui demandait s’il était content d’avoir une sortie à 2 millions d’exemplaires. Il a répondu qu’il ne savait pas, ne connaissant pas les chiffres de vente du jour! J’en suis là, confie le dessinateur, c’est le moment du grand suspense, l’album ne m’appartient plus.»

Carte postale positive

Son trait se nourrit des réminiscences de Jo (1991), son scénario du poids du passé et de la force du présent pour envoyer une «carte postale positive du Jura.» Et c’est bien l’esprit du père de «Yakari» et de «Buddy Longway» qui guide la chevauchée jusqu’à la ligne d’arrivée où les hommes et les animaux auront grandi ensemble.

Mais de là… jusqu’au risque de verser dans le cliché, l’exercice tient de l’équilibrisme. «A partir du moment où l’on rend hommage à des gens, leurs terres et leurs chevaux, il faut rester le plus près possible de la réalité. La crédibilité, c’est la base. Et si la force du dessin aide à faire passer beaucoup de choses, ce n’est pas une raison pour ne pas être totalement dans le coup, assure-t-il. L’objectif était de réussir une BD qui incite à découvrir une région et qui plaise à ceux qui ne connaissent peut-être pas l’univers équestre mais aiment mon travail.»

Une certitude: à quelques jours de ses 71 ans, dont trente en selle, Derib n’a pas boudé son plaisir à dessiner son meilleur ami, le cheval.« Caran d’Ache» se cabre, perd le contrôle, s’ébroue, se laisse débourrer. Il trotte, dompte l’obstacle ou encore libère toute sa puissance de compétiteur pour tirer un attelage.

«C’est vrai, sourit celui qui s’avoue comblé dans le rôle du dessinateur animalier. Dans «Tu seras reine», on peut compter quinze pages sans vache, il n’y en a que quatre sans chevaux dans «Le galop du silence». Mais depuis que je l’ai terminé, il y a trois mois, je n’ai pas pu résister à l’envie de poursuivre l’aventure avec des inédits. C’est dire si j’étais en manque de chevaux. C’est dire aussi que je n’ai pas dit mon dernier mot, on me va me revoir avec des Indiens et des chevaux.» (24 heures)

Créé: 05.08.2015, 08h49

«Le galop du silence», Derib, AS’Créations, 74 p.
En librairie, le 10 août.
Cliquez sur la planche pour l'agrandir.

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