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Le colibri joue encore au pompier de la planète

Comme l’oiseau, Cyril Dion, auteur du triomphal Demain, se bouge. Voir Demain entre tes mains.

Le Lion
Le Lion
Hélène Builly

Pour le réalisateur Cyril Dion, l’après Demains’inscrit toujours dans l’urgence. Cosigné avec Mélanie Laurent en 2015, ce reportage tonique sur les écologistes au quotidien a rallié plus d’un million de spectateurs, et pas qu’en France, les Romands s’étant mobilisés en masse pour adhérer à «l’esprit colibri».

Rappelez-vous le conte du petit oiseau. Alors que la forêt flambe, un de ses congénères se moque de le voir jouer au pompier en amenant des gouttes d’eau dans son bec minuscule. Le colibri rétorque: «Je fais mon possible.» Malgré le succès, phénoménal pour le format documentaire, suscité par son film en 2015, malgré la coïncidence de la conférence COP21 à Paris, qui voyait les pays communier dans l’écologie, le cinéaste pourrait se sentir déçu des résultats. Mais non, il préfère camper sur l’enthousiasme mobilisateur. «Le président Macron a quand même compris que le sujet devait être géré, il a nommé Nicolas Hulot. En termes de bataille, c’est un gain. Et puis blâmer les lobbies, les lourdeurs administratives, c’est trop facile. À nous de prendre nos responsabilités.» Alors, comme le colibri face à la catastrophe menaçante, il repart au front. Objectif, les jeunes générations. Avec son mentor, l’agriculteur philosophe Pierre Rabhi, il publie une compilation de fables édifiantes. Fidèles à leur mantra, les complices évitent «les grandes leçons ennuyeuses», le fatras des statistiques et les messages pesants pour revenir à l’échelle de l’individu.

Demain entre tes mains, titrez-vous. L’héritage n’est-il pas empoisonné?

Effectivement… Nous sommes passés à un enchaînement irréversible. Les vœux pieux développés durant la COP21 en 2015, sont désormais inatteignables. De là, il me semble d’autant plus important de préparer les enfants sans les ménager. Car si tout est fichu, on peut remballer.

Pourquoi cibler les enfants?

Pour renverser la chaîne des influences. Nos écoles obéissent au ministère de l’Éducation, qui délègue aux chefs d’établissements, profs, élèves. Il semblerait plus efficace de créer des situations d’apprentissage. Contrairement à la Suisse, chez nous, les formations intellectuelles priment sur les manuelles, jugées dégradantes. Il faut réintégrer ces savoirs et les mettre à parité. Artiste ou boulanger, le faire avec art. Comme Roger Federer qui disait avec une joie enfantine, continuer à jouer au tennis dans une arène si dure et compétitive, parce qu’il aimait ça. Tout le contraire d’Agassi.

N’êtes-vous pas dans l’utopie face aux contingences contemporaines?

Non. Comme dit Pierre Rabhi: «Fais le truc pour lequel tu es doué, tu te lèveras avec bonheur pour aller bosser». Ne pas se résigner oblige au courage, même quand un autre itinéraire ne semble pas possible, même quand tout est bouché. La plupart du temps, il est possible de trouver une petite fenêtre. Déjà passer du temps avec ses enfants…

Quel fut le déclic de cette vocation?

Rencontrer Pierre m’a galvanisé, le choc de ma vie. Cet homme n’a pas fait seulement fait mon éducation écologique, il m’a enseigné le monde. J’étais un novice, un gamin de la ville qui découvrait la réalité du monde paysan. Je me suis remonté les manches et nous avons créé l’association Colibris. Maintenant… seuls les adultes fonctionnent par ce genre d’électrochoc, un décès, l’arrivée d’un enfant, peut pousser à sortir du système. Car l’écologie, ce n’est pas regarder les petits oiseaux! J’aime croire à la formule de Mark Twain, que tout le monde répète sans vraiment l’appliquer: «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait». Et ça implique les générations futures. Pour casser le cercle vicieux, les enfants ont surtout besoin de trouver leur talent, leur singularité. Ça passe par la notion de choix, dans le respect de la singularité de chacun.

Cas pratique, comment persuader un ado de freiner l’usage du portable?

Il faudrait déjà se rendre compte de nos propres usages. Car l’ado nous regarde tout le temps. Et puis, il faut lui ouvrir une possibilité de se passer de ce portable: les entraîner dans un musée, dans la nature, sortir. Bien sûr, laisser un peu de confort passe par un minimum d’abnégation. Au moins aurez-vous mis le sujet sur la table. L’autre argument, c’est rappeler combien ces pratiques sont chronophages. Boulotter les réseaux sociaux, c’est tant de temps mangé sur le reste, grignoté sur la rêverie, la poésie, l’amour, l’amitié.

Le succès de Demain(10 millions de francs de bénéfices pour 2 millions de budget), vous booste-t-il encore?

Ça galvanise! Colibris compte 300 000 membres, multiplie les forums citoyens, je finis une série sur Arte. Je veux rester constructif. Prenez le ministre Hulot, si nous l’abandonnons, il restera coincé entre les écolos traditionnels qui le matent d'un drôle d’œil, et les lobbies qui finiront par l’écraser. Bien sûr, je préférerais écrire mes romans, mon théâtre, chez moi. Mais s’il pleut dans ma maison, je dois d’abord réparer les fuites dans le toit!

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