Damien Murith pousse son cri poétique dans un court et beau roman tragique

LIttératureLe Fribourgeois, en lice avec «Le cri du diable», sera le dernier candidat à rencontrer le public au Lausanne-Palace, samedi 17 mars.

Damien Murith, ici chez lui dans la campagne fribourgeoise, aime toucher au plus près des drames humains avec sa prose poétique.

Damien Murith, ici chez lui dans la campagne fribourgeoise, aime toucher au plus près des drames humains avec sa prose poétique. Image: ODILE MEYLAN

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Le cri du diable est un cri. Qui hurle la force de la poésie, la puissance des mots, le pouvoir saisissant des métaphores. Un cri singulier, intemporel, en lice pour le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne. Damien Murith, son auteur, rencontrera le public samedi au Lausanne-Palace.

En attendant, on le trouve dans la maison où il vit avec sa femme et leurs trois filles. L’ancienne ferme se cache dans un repli de la campagne fribourgeoise, avec une rivière à ses pieds et un bout de forêt qu’il faut entretenir. Cette situation isolée convient bien à cet enseignant de 47 ans qui a habité un temps à Fribourg et qui y travaille toujours. Son court roman se pose en clôture du Cycle des maudits, après La lune assassinée (2013) et Les mille veuves (2015). Tous trois parus à L’Âge d’Homme. Chaque volume peut se lire séparément, mais il serait dommage de se priver de l’unité de ton de cette écriture belle et singulière. Trois tableaux qui se complètent: un premier planté dans une terre ingrate, un second ancré au bord d’une mer qui retient les maris, un troisième installé dans la ville grouillante. À chaque fois, une héroïne, forte et fragile à la fois. Captive et libre malgré tout.

La figure féminine du Cri du diable, une Camille habitée par une jalousie maladive, se révèle la plus sombre des trois. «En arrière-fond quelque part dans ma tête, il y avait la figure d’Isabelle Adjani dans Camille Claudel, avec sa grande robe noire, ravagée par son projet.» C’est pour cela, peut-être, que sa Camille rencontre un peintre. La thématique de la couleur traverse d’ailleurs tout le texte.

D’emblée, l’écriture installe une pesanteur: «Terre grise à la peau dure, car ici, comme des verrues, seules poussent les pierres.» Pas de nom de lieu, dans une ère qui est probablement celle des débuts de l’industrialisation. Mais, dans le fond, les drames qui se jouent sont intimes et sans âge. «Les gens pensent parfois que je parle du village où j’habite, or tout est inventé.» L’adultère, l’enfermement puis la passion extrême, dans l’ordre de parution du triptyque.

«On m’a reproché la simplicité de mes intrigues, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. J’essaie d’être le plus proche de la poésie, tout en y amenant une histoire.» Ce grand marcheur a eu l’idée de cette forme de récit un jour qu’il se baladait en forêt, après avoir lu des haïkus. Là où d’autres choisissent la description, lui préfère les métaphores. «J’en utilise beaucoup car j’y trouve un raccourci pour arriver à faire sentir au mieux une réalité. Je peux passer des semaines sur un chapitre qui peut faire deux phrases.» Les mots s’agencent en général totalement dans sa tête avant qu’il ne les pose sur le papier. Ensuite seulement vient la transcription à l’ordinateur.

On a parfois évoqué Ramuz pour parler de son écriture. Il se sent plus proche d’un Steinbeck, d’un Zola ou d’un Giono. Du côté des poètes, il évoque Baudelaire, «un maître», mais n’aime pas Rimbaud. «Dans le fond, il n’y a pas un auteur que j’adore. Plutôt des phrases qui me touchent.»

Jusqu’à ses 18 ans, il n’a pas ouvert un livre: «J’étais basketteur, je voyais la lecture, et l’écriture, comme quelque chose d’inaccessible. Jusqu’au jour où j’ai découvert Prévert. Il utilisait des mots familiers qui m’ont percuté.» Depuis, les mots ne l’ont plus quitté. (24 heures)

Créé: 12.03.2018, 10h04

Rencontre avec l’auteur

Lausanne-Palace, sa 17 mars, 11h-13h
Inscriptions à prixdeslecteurs@lausanne.ch
Cérémonie publique de remise du prix
Théâtre de Vidy, me 28 mars, 19h
www.lausanne.ch/prixdeslecteurs

Une traversée sur le fil des mots

Critique

Dans un village sans nom, «terre de malheur» que les hommes quittent par dizaines, le mari de Camille succombe à une maladie mystérieuse. Après avoir tué un paysan qui a tenté d’abuser d’elle, la jeune femme se jette dans un train à vapeur pour s’en aller chercher une autre vie en ville. Les frères de la victime à ses trousses, la voilà qui travaille dans un café, où elle rencontre le peintre Jonas. L’idylle finira mal. L’essentiel du Cri du diable ne se trouve pas dans cette trame vite résumée, mais dans l’agencement des mots, qui excellent à faire ressentir les tressaillements intimes. «Le bonheur est un fil tendu au-dessus du vide. Camille, funambule, s’élance.» Et le lecteur, avec elle, traverse cette «ville monstre, ville vampire qui saigne et qui suce…», éprouve comment «les peaux se frôlent comme le lierre avec la pierre…» Jusqu’au feu jaloux qui dévore. Court, le livre se parcourt en prenant le temps de déguster le pouvoir évocateur de cette prose poétique. Intense et poignant.

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