David Nicholls, c’est «Nous»

LittératureA l’entendre, ce Britannique écrit des best-sellers malgré lui. Après la fulgurance amoureuse d’«Un jour», il décrypte la romance vieillissante des quinquas. Interview.

David Nicholls, romancier et scénariste.

David Nicholls, romancier et scénariste. Image: Samuelsson/LDD

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David Nicholls n’en démord pas: avec sa gueule d’ange aux yeux clairs dignes de Ryan O’Neal période Love Story, l’Anglais aurait mérité de finir acteur. Malgré ses efforts, il lui a fallu renoncer. Pour solde de tout compte, le quadragénaire en a tiré Un jour, best-seller tiré à 5 millions d’exemplaires, qui a séduit jusqu’aux studios hollywoodiens qui l’adaptaient en 2011. Pourtant, Nous, son nouveau roman, n’arrive qu’aujourd’hui.

«L’envie d’écrire a traîné quatre ans, explique-t-il. Je suis parti autour du monde pour la promotion du livre, puis j’ai bossé sur des scénarios de cinéma. Au fond, j’étais bien calé dans ma petite niche confortable!»Pire, ses premières tentatives, dit-il, ont fini à la poubelle.

Mariage bringuebalant

«Des brouillons ratés, plats, décevants. Et je ne me voyais pas m’excuser devant le monde entier d’avoir pondu un mauvais livre.» Il y a du fatalisme en David Nicholls, comme un antidote qui le prévient de sombrer dans l’outrance romantique du pathos exacerbé, comme de la bluette saccharinée. Ainsi Nous se fonde sur la plus banale des histoires humaines: un couple mûrissant s’effiloche comme un tissu usé. Le roman, cité au Man Booker Prize, l’un des plus prestigieux prix littéraires britanniques, se démarque néanmoins, trouve ici et là une originalité persuasive.

Déjà parce qu’il prend la voix d’un homme ordinaire, Douglas, quinquagénaire aux prises avec un mariage bringuebalant. «Comme lui, au concours du mâle le plus héroïque, je louperais probablement le test!» A l’évidence, les histoires d’échec personnel fascinent l’auteur.

«Bien sûr, je cultive un jardin secret de regrets. Quand je tentais de faire l’acteur, je ne rêvais pas d’incarner Hamlet mais d’appartenir à une troupe. Je dois avoir oublié les mauvais moments de cette vie-là, la jalousie, l’amertume, l’humiliation.»

Il n’est plus dupe désormais de ce glamour factice, préfère s’en remettre à une lucidité cash. «C’est très dur de donner dix ans de votre existence à une passion avant de réaliser que vous n’en aviez pas le talent.» Cette sensation transpire dans Un jour comme dans Nous. «Pourtant, je ne ressasse pas ma propre expérience. Déjà parce que mon héros, au contraire des précédents, ne possède aucune connaissance artistique. Je l’explore comme un quidam perdu dans une galerie de peintures, pas comme un expert.»

Leviers burlesques

Son biochimiste mûrissant, plutôt terre à terre, rêve de reconquérir Connie, son épouse bohème. Elle en doute. «Elle va lui apprendre que si la sincérité d’époux ou de mari reste fondamentale, ce lien ne dure pas forcément toujours.»

Douglas, et c’est l’un des leviers burlesques de ce roman précurseur d’été, s’obstine: il décide d’embarquer sa moitié rétive dans le Grand Tour, ce circuit des capitales de l’Europe qui a longtemps fasciné ses compatriotes. De musées en étapes gastronomiques, le mari penaud espère restaurer les fondations d’amours déliquescentes.

Dans Chambre avec vue, E. M. Forster, subtil entomologiste des passions intimes, observait déjà la fièvre qui s’emparait des touristes britanniques à la vue des débauches voluptueuses des artistes florentins de la Renaissance. «J’adore ce roman! s’exclame David Nicholls. Mais mon modèle demeure l’Américain Francis S. Fitzgerald. Tendre est la nuit, son naufrage conjugal, me touche violemment. Autre de mes livres de chevet, Portrait of a Lady, de Henry James, si viscéral.»

Pas de happy end

Sans viser ces altitudes, Nous se promène dans les villes avec une aisance quasi inexplicable. «Les critiques me reprochent parfois de glisser sur les émotions. Sans doute parce que je fuis les bouquins qui tirent les larmes. Tant pis si cela induit un peu de superficialité, la vie court ainsi. Et puis mon intrigue voyage de Paris à Venise, Madrid, Barcelone, comme des instantanés photographiques.»

Cette vista se matérialise dans un découpage énergique. «Jusqu’à la syncope, voulez-vous dire! J’avais jusqu’à 118 chapitres dans mon manuscrit. Les scènes jaillissaient comme dans un film! Et pour avoir bossé là-dedans, je sais qu’il faut toujours se demander où est le beat, le rythme, d’une scène.»

Pas de happy end ici. «Ça n’arrive que dans les James Bond. Dans les comédies romantiques, je préfère éviter ce cliché.» (24 heures)

Créé: 03.05.2015, 10h39

En dates

1966 Naissance dans le Hampshire, Grande-Bretagne.
1986 Déménage à Londres pour devenir acteur. Quelques téléfilms s’ensuivent. Il est surtout apprécié pour ses talents de «docteur en scénario».
2008 Un jour, son troisième roman, cartonne dans le monde entier.
2011 Un jour est adapté par ses soins au cinéma, avec Anne Hathaway.
2014 Nous lui vaut le National Book Award, et une sélection au Man Booker Prize. «Frayer avec des écrivains de la carrure de Jonathan Franzen ou John Updike, quel délice!»

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