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«En découvrant Gustave Roud et sa sœur, j’ai senti que quelque chose m’appelait»

Bruno Pellegrino revient sur «Là-bas, août est un mois d’automne» avant de rencontrer ses lecteurs.

Bruno Pellegrino partira à la rencontre de son public le 2 février à Lausanne.
Bruno Pellegrino partira à la rencontre de son public le 2 février à Lausanne.
ODILE MEYLAN

Jeune auteur obstiné, Bruno Pellegrino partage son temps entre le milieu académique et différents projets qu’il mène seul ou au sein du collectif d’écrivains AJAR. «Là-bas, août est un mois d’automne» est une véritable plongée dans l’intimité du poète vaudois Gustave Roud (1897-1976) et de sa sœur Madeleine (1893-1971), au début des années 60 et jusqu’à la mort de cette dernière. Rencontre avec le nominé au Prix des lecteurs de la ville de Lausanne, qui partira à la rencontre de son public le 2 février à Lausanne.

Votre roman est très documenté. Comment êtes-vous passé des archives à la fiction?

J’y suis allé complètement à l’instinct. C’est mon travail avec l’AJAR qui m’a permis de me faire confiance. Précisément, lorsqu’on travaille en groupe, on avance à tâtons, sans ligne directrice. En découvrant Gustave Roud à l’université, j’ai senti que quelque chose chez lui et sa sœur Madeleine m’appelait, sans savoir pourquoi. En lisant son «Journal», certaines scènes se détachaient et résonnaient en moi. Lorsque j’ai découvert l’inventaire qu’il faisait de son jardin, avec tous ces noms de fleurs, j’ai noté cette idée sans savoir qu’elle allait devenir la première scène de mon roman.

Lors de l’écriture, était-ce important de distinguer les faits du fruit de votre imagination?

J’ai dû concilier les deux, et ça a été difficile. J’ai compris que mon travail reposait sur de nombreux documents. Mais de l’autre côté, j’avais la volonté de réaliser un texte personnel. Pour tout vous dire, je ne savais même pas au départ que j’étais en train d’écrire un roman! Le déclic est venu en introduisant un «je», qui met une distance avec les personnages. Je révèle d’où je parle et donc que tout ce que je dis doit être pris avec des pincettes. Mais j’ai toujours eu ce souci d’honnêteté vis-à-vis du projet, pour respecter Gustave et Madeleine.

Madeleine semble être le contrepoint de Gustave. Quel rôle ont-ils tenu l’un pour l’autre?

L’idée du roman a grandi en découvrant que Gustave avait une sœur et qu’ils avaient passé leur vie entière ensemble, dans cette maison à Carrouge. Le cœur du projet découle de cette relation. Au début, j’imaginais qu’il y aurait de nombreuses scènes à deux. Puis je me suis aperçu que, pour rester fidèle, il fallait que je raconte l’histoire de deux solitaires qui vivent en interdépendance. J’ai construit un écosystème avec trois éléments, Gustave, Madeleine et la maison. Si l’un des trois s’en va, tout s’écroule. Le «Journal» de Gustave s’arrête d’ailleurs en 1971. Après la mort de Madeleine en février, quelque chose s’essouffle. Et donc mon livre s’arrête là aussi, avant la mort de Gustave.

Les deux semblent se comprendre sans se parler…

Complètement. Et la question de la complicité entre les deux m’a beaucoup préoccupé. Comment Madeleine gérait-elle l’homosexualité de son frère dans ce petit village? Comment vivaient-ils? Je n’ai pas de réponses factuelles, biographiques, sociologiques à toutes ces questions. Je n’ai que des réponses intuitives et littéraires en fait. Et j’assume cela. Je n’ai trouvé que des indices dans ses lettres, son «Journal», mais aussi à travers les gens que j’ai rencontrés et qui l’ont connu.

Le rapport aux choses, aux objets, est très prégnant dans votre livre. Concevoir en détail cet univers vous a-t-il aussi rapproché des personnages?

Je pense que oui, dans le sens où les objets restent, contrairement aux corps. La maison est toujours là et j’y suis allé plusieurs fois. Au fil de l’écriture, je me suis rendu compte que j’attachais beaucoup d’importance à tous ces éléments, bien plus tangibles que les émotions de Madeleine par exemple.

Vous dressez le portrait de personnages plongés dans la contemplation… Notre rythme est-il trop effréné aujourd’hui?

Je ne sais pas pour le monde. Je n’ai qu’un avis sur ma vie et oui je trouve que me journées sont trop frénétiques. Mais il n’y a pas de nostalgie. Je me suis assez plongé dans leur vie pour me rendre compte qu’elle n’était pas rose du tout. Écrire ce livre m’a permis d’adopter un rythme plus lent.

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