Diane Brasseur trouve la note juste

Littérature L’auteur de «La partition» compose des amours flamboyantes entre la Grèce et la Suisse avec un sens du contrepoint dramatique

Diane Brasseur publie

Diane Brasseur publie "La partition" aux éditions Allary. Image: Olivier Marty Allary Edition

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Des années 20 à 70, de la campagne grecque à Lausanne et Zurich, du flash-back au récit épistolaire, la romancière Diane Brasseur aurait pu se perdre. Mais Koula, diablesse d’héroïne, increvable amoureuse ou mère impétueuse, fusionne sans cesse les notes échevelées de «La partition». À 16 ans, la muse obéit au métronome du cœur à travers l’Europe, quitte à abandonner un fils après un divorce, refaire sa vie avec un homme âgé, espérer toujours. À la mort du fils aîné, les secrets émergent.

D’où vient cette identité musicale, vous qui êtes Franco-Suisse?

Ce thème musical a plusieurs origines. Déjà que j’écris «à voix haute», en suivant un plan qui ressemble un peu à un «story-board» de film, chapitré, localisé. Je ne peux pas composer une scène sans l’avoir visualisée. Je dois «voir» les choses, regarder dans ma tête. Et là, je lâche les chevaux. Par exemple, mon héroïne passe par Bruxelles, me vient la formule «une atmosphère entre Tintin et l’improbable». Ou je décris un café à Lausanne et «ses serveuses très Lau-Lau». Pour l’anecdote, écrire sur la Suisse, c’était un baptême. J’étais encore plus soucieuse de justesse à cause de ma famille qui y habite encore.

Malgré cette planification, vous semblez aimer sauter d’une idée à l’autre, non?

J’adore ce moment du matin encore un peu nébuleux où le corps reste encore dans les brumes du sommeil, la tête se dégourdit. Durant ces minutes magiques, me semble-t-il, je suis en harmonie avec mon écriture. Des phrases qui bloquaient, soudain répétées, trouvent leur musique. Comme la corde du violon, juste avant la rupture. En fait, j’ai choisi de parler de création musicale pour traiter d’écriture.

Était-ce un défi d’embrasser la veine romanesque sans peur de sentimentalisme?

J’avais envie d’essayer cette tonalité, d’y aller plus franchement que dans mes précédents romans. Cela vient aussi de la genèse de ce roman, ces lettres que j’ai trouvées, un héritage épistolaire comme la plupart des familles en possèdent. En bonne écrivain française, j’ai commencé par les reproduire à la première personne. Je m’ennuyais moi-même! De là, je suis partie dans la composante grecque, plus voyageuse, indépendante, libre.

Bruno K dit à sa famille: «Je ne veux pas devenir un artiste.» Et vous?

Cette phrase, sortie d’une lettre authentique, m’a interpellée. Était-ce Bruno qui, jusque-là, perpétuait la vocation artistique de sa mère et réalisait enfin le cul-de-sac auquel ça le menait? Avec cette question subsidiaire de savoir si c’est si grave que ça de ne pas être un artiste. Il ne me semble pas que le bonheur dépende de cet accomplissement. J’ai voulu expliciter la joie «d’une petite vie qui n’a rien de petit». Un concept que j’ai repris à un formidable roman d’Emmanuel Carrère, «D’autres vies que la mienne».

L’épisode du fils perdu est-il vrai?

Je savais que cela s’était passé dans ma famille, j’ignorais les circonstances. J’ai enquêté, lu l’entier de la correspondance. Puis j’ai mis ces lettres de côté, je voulais avancer. Je ne voulais pas juger ces protagonistes. Même le mari qui cocufie à tour de bras, je lui pardonne, il m’évoque Boris Vian, «parce que ses baisers le grisaient». Et puis, il faut se la cogner, la Koula!

Vous ne vous attardez pas plus sur le poids de l’histoire, pourquoi?

Je ne m’y aventure pas trop, pas mon fort. Je ne garde que des dates percutantes, un concert annulé qui, par exemple, change le cours d’un destin.

La quarantaine rend-elle plus grave?

Heureusement que j’y arrive. Je me préfère aujourd’hui, follement! Ce chemin qui s’opère dans l’écriture comble mes doutes. Je grandis, j’essaie d’apprendre encore de livres en films.

Script, un job alimentaire ou pas?

Disons qu’il me complète par un esprit d’équipe. Et puis, ce n’est jamais le même film. Je me sens caméléon face à des enjeux aussi différents qu’un poème ou un roman-fleuve. J’aime ce travail de l’ombre qui ramène à la réalité. L’écriture, sa solitude, ça peut pousser au délire.

L’expérience n’y change rien?

Tiens, je vous raconte une anecdote. Je croise un auteur publié par la même petite maison d’édition que moi. Il me dit: «J’ai appris que tu avais un amoureux, que tu emménageais avec lui. Mais qu’est-ce que tu vas écrire maintenant que tu es heureuse?» Mon premier roman parlait d’un homme qui trompe sa femme, le deuxième de rapports amoureux à la dure… Ça m’a fait flipper. Mais non, je peux écrire amoureuse.

«La partition» Diane Brasseur Éd. Allary, 437 p.

(24 heures)

Créé: 18.05.2019, 20h45

En 5 dates

1980
Grandit entre Strasbourg et Lausanne, étudie en partie en Angleterre. «J’ai aussi une grand-mère grecque dans le sang!»
2001
Après une école de cinéma à Paris, devient script. À ce jour, une trentaine de films les plus divers,
«La Môme», «Les chatouilles», «Rush Hour 3», «Marie-Francine», «Johnny English», «Jalouse», etc.
2014
«Les fidélités», traduit dans huit pays, sera aussi le premier roman publié par les éditions Allary.
2015
«Je ne veux pas d’une passion».
2019
Sort «La partition», travaille au Canada sur le prochain film de Valérie Lemercier.

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