Des dictateurs deviennent des héros romanesques

LittératureSaddam Hussein, Mouammar Kadhafi et Vladimir Poutine viennent de faire une entrée surprenante dans les lettres. Leur ego surdimensionné a fasciné trois jolies plumes romanesques.

Les potentats Poutine, Hussein et Kadhafi Image: REUTERS/KEYSTONE/KEYSTONE

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Jamais la biographie n’a eu autant le vent en poupe dans l’édition française! Qu’elle soit consacrée à de tragiques tsarines de Russie ou à un souriant météorologue de télé, elle se vend davantage que les romans d’auteurs, qui n’y mettent souvent en valeur que leur propre vie d’écrivain.

Attentifs à cette vogue, quelques-uns ont eu l’idée de raconter à leur manière la vie intérieure de personnalités qui ont mené le monde en autocrates plus ou moins avisés. Alexandre Dumas Père avait campé dans ses épopées un Henri III plus empathique que selon sa réalité historique, un Louis XIV encore plus royalement capricieux qu’on l’aurait pensé. Et auquel Eve de Castro vient de consacrer une confession fictive où le Roi-Soleil livre des émotions secrètes à la première personne. Un joli coup, pour marquer le 300e anniversaire de sa mort. Dumas, lui, ne se serait pas permis une telle privauté…

Des audaces plus intéressantes nous viennent d’auteurs qui vont jusqu’à faire dire «je» cette fois à des autocrates plus récents. Des tyrans modernes, qui avaient cru fonder un pouvoir légitime sur un mythe, selon lequel ils incarneraient leur nation, et dont la trajectoire s’est soldée par une chute historique. L’an passé, l’auteur allemand Timur Vermes avait remporté un succès phénoménal en imaginant une fiction uchronique réveillant Hitler en 2011, soixante-six ans après son suicide à Berlin. Cette galéjade sarcastique et grinçante – rééditée en format poche – avait été vendue à plus d’un million d’exemplaires en Allemagne, et traduite en 35 langues.

«Un jour vous êtes idolâtrés, un autre vous êtes vomis»

Dans ce même sillage ont paru cette année trois bios romancées de despotes parvenus au pouvoir dans la seconde moitié du XXe siècle. Si l’historienne de l’Antiquité Josette Elayi ne se met pas dans la peau de Saddam Hussein, qui fut exécuté en avril 2003, elle repeint remarquablement dans ce premier roman l’atmosphère oppressante qu’il fit régner en Irak, dès quatre ans avant sa présidence, quand il tenait déjà les rênes du parti baasiste. Le despote, avec sa «constance dans l’horreur», est étudié sous toutes ses coutures, mais à travers l’histoire d’un fait divers impliquant d’autres protagonistes, plus humains.

Dans son énième roman, l’écrivain algérien Yasmina Khadra ose, lui, s’incarner fictivement en Muammar Kadhafi en personne, tissant des monologues criants de vraisemblance, que le dirigeant libyen aurait marmonnés dans la nuit du 19 au 20 octobre, avant de trouver la mort. L’imagination shakespearienne de ce bel auteur (qui s’est beaucoup documenté) fait ruminer à son terrifiant héros des tirades sublimes de noirceur: «Ma colère est une thérapie pour celui qui la subit, mon silence est une ascèse pour celui qui le médite.» Plus théâtral encore: «Un jour vous êtes idolâtrés, un autre vous êtes vomis.»

Le romancier parisien Bernard Chambaz ne fait pas dire «je» au président actuel de la Russie – qui est toujours vivant… – mais ça y ressemblerait. Car son narrateur, un citoyen lambda qui fut prof de littérature, puis machiniste, a la malchance de s’appeler exactement comme lui: Vladimir Vladimirovitch Poutine… Il ne fait la connaissance de son tyrannique homonyme que via la télé, en n’éprouvant pour lui «ni sympathie ni antipathie». Il est scandalisé par ses actes mais touché par «ses yeux de phoque» et une probable «souffrance intérieure».

Créé: 24.09.2015, 18h13

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