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Didier Tronchet piste avec talent un chanteur perdu

L’auteur français raconte sa propre quête d’un auteur disparu, Jean-Claude Rémy, qu’il a imagée dans un album aussi nostalgique que philosophique.

Rencontre avec Pierre Perret pour retrouver Rémy.
Rencontre avec Pierre Perret pour retrouver Rémy.
DUPUIS

«Il est remarquable, et je pèse mes mots», assénait Pierre Perret au micro de Jacques Martin à l’émission «Musique & Music» en 1977. L’interprète du «Zizi» parlait de Jean-Claude Rémy, dont il a édité le premier album. «C’est vraiment un garçon qui a des choses à dire comme peu en disent aujourd’hui et comme peu en ont dit depuis longtemps. Il a des choses merveilleuses à raconter. […] Je suis sûr qu’il ira très loin.»

En fait, Jean-Claude Rémy ira très loin… dans les mers du Sud, tenir un hôtel sur une île au large de Madagascar. Le succès n’était pas fait pour lui, qui admirait plus que tout Georges Brassens, lequel le complimentera en retour.

Un autre fan de Jean-Claude Rémy est lui scénariste et auteur de BD. Didier Tronchet a fait les belles heures de l’humour noir avec son loser Jean-Claude Tergal avant de se diversifier comme écrivain de romans et de récits de voyage.

Avec «Le chanteur perdu», il raconte avec brio sa propre enquête pour retrouver celui qui n’aura fait qu’un seul album aux douze chansons taillées comme des bijoux. «Les corniauds» raconte sa propre histoire: il est le fils d’un baryton sans contrat parti diriger un hôtel en Indochine dans les années 30 tombé amoureux de la bonne avec le consentement de son épouse. La famille revient en France à l’arrivée des communistes, et le bâtard métis devient coopérateur au Maroc, chanteur, enseignant en biologie, moniteur de plongée sous-marine avant cet exil final dans l’océan Indien.

Tronchet, lui, a un peu imagé et détourné l’histoire dont le héros est un bibliothécaire déprimé qui imagine retrouver le bonheur en même temps que la trace de Rémy Bé, ce chanteur perdu qui avait illuminé sa jeunesse contestataire. La (fou)traque se fait au petit bonheur la chance, depuis ce viaduc de Morlaix qui faisait la pochette de l’unique album de Bé jusqu’au lycée et à ces jeunes filles – «Adieu petites intouchables/Que j’effleurais par la pensée/Naïves bavardes insupportables/Que je humais les yeux fermés».

Errances, déceptions et cyclone réconciliateur

On s’égare au cap Gris-Nez où le «Grand Raoul» s’est pendu, on rend visite à Pierre Perret qui avait découvert le chanteur grâce à la cassette que sa sœur, dame pipi, lui avait remise dans un restaurant. On rencontre celle-ci, devenue spécialiste en soins palliatifs, puis son fils, Alain Rémy, que les amateurs de BD connaissent sous le nom de Gaston.

Didier Tronchet s’égare ainsi avec bonheur, enlise sa voiture dans les marées bretonnes, se pique aux oursins malgaches avant de se faire mordre par une scolopendre. Quand il retrouve enfin son idole, il supporte mal de la voir devenue un gros colon qui joue à la pétanque pendant que son épouse Tity fait tourner la baraque.

Il faudra un cyclone pour le réconcilier avec son chanteur perdu qui joue toujours de la guitare avec la voix un peu éraillée par l’âge. Sur l’île, Rémy retouche la chanson que désirait écrire le dessinateur, «Des nouvelles de moi», avant de lui offrir le seul exemplaire d’un nouvel album réalisé avec les moyens du bord, «Les chansons du ponton».

Il faut voir sur YouTube leur duo, Tronchet à la gratte, Rémy à la voix pour rejouer «Don Juan» de l’album mythique: «Jadis, vous lui auriez parlé de mariage/D’épouse, de gamins, de soirées cheminée/Il vous aurait fait: «Beurk!» ricané au visage/Avec un bras d’honneur par-dessus le marché!»

C’est pourtant ce qu’ont fait, chacun à sa manière, le chanteur et le dessinateur, revenus d’une destinée trop linéaire pour s’interroger sur le sens de leur vie, sur ce qu’ils voulaient en faire, sur leurs priorités. Si Jean-Claude Tergal peinait à conclure, son père Tronchet le fait ici avec émotion et justesse.

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