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«Écrire, c’est retrouver ma petite musique»

Auteur involontaire de best-sellers, héroïne de cinéma et cible d’intempestives polémiques «pipolesques», Delphine de Vigan s’en tient aux Loyautés.

Parée de multiples couronnes littéraires, Delphine de Vigan échangerait volontiers ses trophées contre l’adhésion ordinaire des gens qui la lisent dans le bus ou le métro. La bourgeoise quinqua de Saint-Germain-des-Prés ne prise pas plus les lumières de la gloire. Austères, ses livres lui ressemblent au point de se confondre avec ses aventures génétiques les plus intimes. Les loyautés mettent chaos en quelques pages punchy. Soit Thomas, 12 ans, dont personne ne voit l’abandon, l’autodestruction. Seule sa prof, l’antique Hélène, agrippée à son code de conduite, résiste, rempart fragile aux ultramodernes solitudes.

Ex-experte des sondages d’opinion, savez-vous pourquoi le «de Vigan» se parle dans des groupes si divers?

Avec le temps, en bavardant avec les lecteurs, je m’en suis aperçue. Mes livres attirent des gens qui ne lisent qu’un roman par an, comme d’autres au goût plus pointu. Je crois que mes histoires offrent plusieurs points d’entrée. Elles se présentent comme un miroir où les lecteurs se reconnaissent.

Recherchez-vous cette interaction?

Si je la cherchais, je me tromperais à coup sûr. J’aime comprendre l’accueil réservé à mes livres, mais la fabrication reste une solitude. Écrire, c’est oublier les lecteurs, retrouver ma petite musique.

Pourquoi ce titre d’ailleurs, moins crocheur que Les trahisons?

Je sais, le terme est peu utilisé. Ou apparaît en négatif: «déloyauté». La résonance ancienne me plaisait car, justement, je parle de fidélité silencieuse, de promesses passées avec nous-mêmes, avec des parents, des amis, sans même les formuler, sans qu’un mot puisse les définir. Nous nous laissons ainsi enfermer dans des pactes parfois absurdes.

Par exemple?

Un ami vous téléphone et vous confie qu’une connaissance commune va très mal. Vous l’appelez, et cette personne affirme au contraire très bien se porter. Quelle loyauté privilégier, qui croire, quel mystère ou secret forcer? Ces petits dilemmes arrivent chaque jour.

Certaines loyautés prennent des accents plus graves, écrivez-vous.

La dette, par exemple, que nous estimons avoir vis-à-vis de nos parents. Là encore, le contrat reste nébuleux, assez peu défini, confus même. Cela va plus loin que la simple nécessité de les protéger. Dans les cas de divorce, l’enfant souffre d’être déchiré entre ses loyautés. Il devient porteur des secrets de l’un qu’il ne peut révéler à l’autre. Au final, la loyauté la plus difficile devient celle qui se porte à soi-même, cette capacité première qui permet de se regarder dans la glace.

Cette loyauté passe-t-elle chez vous par l’obsession de l’authenticité?

Je veux remonter des sensations tenaces du fond de moi, les restituer au plus juste. Aiguisée, je l’espère, en empathie, j’explore ici la souffrance d’un gamin qui vit la haine circulant entre ses parents.

Votre énergie d’écrivain vient-elle de ces blessures secrètes?

Comment répondre? Il y a cet élan, oui, qui consiste à m’approcher au plus près des failles sans basculer dans la fragilité.

La douleur débouche souvent sur la honte, observez-vous. Serait-elle constitutive de l’être humain?

Sans doute. Je la vois chez les enfants qui se sentent coupables et responsables de la séparation de leurs parents. Je la vois encore chez les femmes victimes de violence conjugale.

Des thèmes si évoqués en littérature qu’ils poussent à radoter. Comment intéresser encore?

L’expérience… je sens que mon écriture progresse, autorise à des angles neufs. Je mélange ainsi la première et la troisième personne, et c’est compliqué en matière de conjugaison! Mais j’avais envie d’entendre ces femmes parler différemment.

L’affaire Weinstein a provoqué «une prise de parole des femmes» mais aussi une montée du puritanisme.

J’y vois un mal nécessaire à la prise de conscience de ce qu’est une femme. Toutes les petites révolutions qui dérangent s’accompagnent d’excès. C’est une période nécessaire. Puis ça retombera, les femmes n’ont pas envie de se crêper le chignon. On pourra alors débattre sans frénésie ni polémique.

Comment vivez-vous le tapage de l’affaire Polanski, pile quand il adapte votre livre, au soupçon de favoritisme lié à votre compagnon, François Busnel, chef d’une émission littéraire «vendeuse»?

Ça n’a pas empêché notre histoire de continuer. Le reste, c’est tempête dans un verre d’eau. Je suis d’un naturel discret, je considère ne pas avoir à m’exprimer à tout moment. C’est mon honnêteté.

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