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Enki Bilal imagine un crash numérique mondial

Dans son nouvel album, «Bug», les ressources informatiques de la planète entière ont disparu. Un thriller futuriste troublant et plausible!

Kameron Obb, le héros de «Bug», un thriller d’anticipation inspiré.
Kameron Obb, le héros de «Bug», un thriller d’anticipation inspiré.
Ed. Casterman

Ça commence par une voix d’adolescente: «Maman?! J’arrive pas à me connecter…» Le genre de phrase entendue mille fois. Sauf que là, en 2041, ça a l’air sérieux: un phénomène mystérieux semble avoir plombé les ressources informatiques de la planète entière. Plus aucune donnée numérique nulle part, du plus gros serveur à la plus petite clé USB. Plus d’archives, plus de codes. La Terre est dénumérisée, c’est le chaos. «L’humanité est dans la merde, et on imagine mal à quel point», prophétise un personnage de Bug, le nouvel album d’Enki Bilal. Bien observé.

Artiste visionnaire, l’auteur du Cycle du Monstre aime subvertir le réel. Doté d’un sens géopolitique bien affûté, le voilà au meilleur de sa forme dans une bande dessinée d’anticipation prophétique… née d’une expérience personnelle. En plongeant dans une piscine avec son téléphone portable, il a perdu quantité de données numériques. Mais il y a gagné un thème de réflexion troublant: que se passerait-il en cas de crash informatique mondial durable?

Extrapolant à partir de cette angoissante question, Bilal liste les conséquences possibles d’un dysfonctionnement digital majeur: crashs d’avions pilotés par ordinateur, parc automobile bloqué excepté quelques anciens modèles manuels, attaques de banques, cambriolages de sites d’armement militaires, suicides en série de gens déboussolés… Dans ce monde en panique, le salut viendra-t-il d’un astronaute, de retour d’une mission sur Mars?

Au fil d’un récit tendu, Bilal imagine un homme habité par un corps étranger. Un alien. Jouant sur le double sens du mot bug – tout à la fois anomalie informatique et insecte parasite – il dote son héros d’une hypermnésie dont l’origine extraterrestre ne semble faire aucun doute. Bien malgré lui, l’astronaute Kameron Obb se retrouve avec tout le savoir numérique de l’humanité implanté dans le cerveau. Forcément, et instantanément, il devient la personne la plus recherchée de la planète…

Au-delà de l’aspect thriller, Bilal explore dans Bugun de ses thèmes favoris, la mémoire. Peut-on tout confier à des ordinateurs? Le dessinateur de Partie de chasse répond avec une ironie souriante qui se retrouve dans sa version graphique du journal Le Monde, version 2041, truffé de fautes depuis qu’il n’est plus doté d’un correcteur orthographique.

Le reste du récit multiplie les clins d’œil grinçants à notre actualité. Scénario troublant, parfaitement plausible finalement. Graphisme à l’avenant, toujours virtuose – Bilal réalise chaque case séparément, comme de petites peintures, avant de procéder à un montage par le truchement de son ordinateur. On peut regretter le format inhabituel de l’album, façon comics. Un peu étriqué pour apprécier pleinement le dessin unique d’un Bilal inspiré.

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