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«Je n’ai aucune envie d’être un Gonzo Junior»

Juan F. Thompson conte son père Hunter, fondateur du journalisme trash, chroniqueur de l’Amérique psychédélique, pote de Johnny Depp. Entre autres excentricités.

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Sur une terrasse lyonnaise, face à une minérale rondelle, sa calvitie conforte l’informaticien calé sur son programme. A l’évidence, quinqua débonnaire, Juan F. Thompson ne trimballe rien de son héritage «speedé». Jadis, son père, le journaliste Hunter S. Thompson, aurait ajouté à ce portrait des banderilles vitriolesques. Du genre «Juan haïssait son salaud de géniteur flambeur» ou «son paternel survivant au LSD et à l’alcool se tira une balle car l’incontinence chronique eut raison de lui». Mais non. De passage à Quais du Polar, Juan F. Thompson l’avoue avec douceur: «Je n’ai aucune envie d’être un Gonzo Junior, je ne voulais pas chercher à imiter mon père. Mon ambition ici, c’était d’éviter le sensationnalisme qui a entouré son suicide en 2005, ces histoires de coucherie et de défonce qui éclipsent son apport au journalisme.» Du chroniqueur sauvage de la contre-culture, de gangs en présidents voyous, il retient l’hypersensible aussi écorché vif que les daims qu’il chassait pour nourrir la famille.

Dans Fils de Gonzo, son premier livre sur fond d’enfance à haute turbulence, il colle aux basques d’un être complexe. Ainsi, à 14 ans, en digne héritier du mouvement hippie, le gamin s’essaie à l’acide dans une rare rébellion. «S’il l’avait su, mon père m’aurait flanqué une raclée.» Hunter, au contraire, pratique l’immersion totale pour capter ses sujets, brouille les frontières entre témoignage et expérimentation, politique et société.

«Je lui en ai voulu. A la fin de sa vie, nous nous sommes retrouvés, il habitait avec nous dans le Colorado»

Souvent absent, ce mentor est trop occupé à bâtir la légende des 60’s et des 70’s pour voir son fils grandir. «Je lui en ai voulu. A la fin de sa vie, nous nous sommes retrouvés, il habitait avec nous dans le Colorado.» Santé périclitante, moral en dents de scie, Hunter finit par se suicider. Des funérailles grandioses sont financées par la star Johnny Depp, qui l’idolâtre. Reconstitution quasi muséale de son bar favori avec bière à volonté, lancement de l’urne dans un canon géant. Cette appropriation du lien filial ne choque pas Juan. «Je le vois comme une espèce de demi-frère. Même si nous nous sommes un peu perdus de vue, il a suivi mon père des mois pour l’incarner dans Fear and Loathing in Las Vegas, le film de Terry Gilliam en 1998.» Chronique d’une drôle de famille, Fils de Gonzo traque aussi une drôle d’Amérique. Et celle de Donald Trump? «Hunter aurait adoré le combattre! Il incarne tout ce qu’il haïssait.» Paix à ses cendres.

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