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«L’envie, ça reste mon premier carburant»

Dans la suite de «Glacé», Bernard Minier remet Servaz dans un crescendo qui fait «Peur». Interview.

Bernard Minier.
Bernard Minier.
DR

Aiguisée par la curiosité, la conversation de Bernard Minier glisse de la psychanalyse du feu selon Bachelard aux mérites de Mahler. Le romancier pourtant, n’a rien de volatil. A 7 ans, ce Français à l’accent chantant de Béziers sait déjà avec radicalité qu’il veut écrire. Il devient fonctionnaire des douanes, «et pas mauvais du tout» sourit-il. C’est donc en passager clandestin des lettres que l’autodidacte fouille la manne culturelle. A 50 ans, Glacé le révèle enfin, écrivain né avec ses créatures, le Commandant Martin Servaz et son âme damnée, Julian Hirtmann. Ils en sont au quatrième épisode, Peur, symphonie de névroses en élégants contrepoints sataniques.

L’intrigue subjugue, impose surtout un style. Pour l’anecdote, l’enquête embarque sur les bords du Léman. «Mentionner Morges, c’était clairement un clin d’œil au Livre sur les Quais, où j’ai passé un moment si agréable l’an dernier, et qui était de toute façon sur la route de mon tueur. Quant aux autres allusions à la Suisse… je suis amoureux des montagnes, de mes Pyrénées aux Alpes. Le méchant, ex-procureur genevois, c’est ma vision névrosée à la Fritz Zorn dans Mars, de votre société aux secrets policés. Son nom germanique salue Conan Doyle, les chutes de Reichenbach…»

Et l’Université de Lausanne, citée pour ses études de «décorporation», cet état neurologique lié aux expériences de mort imminente? «Là, c’est le pur hasard de mes recherches.»

Après une parenthèse, pourquoi, littéralement, réanimer Servaz?

Je ne le ménage pas, c’est vrai. L’idée de le sortir d’un coma, ça le rafraîchissait, puisque comme après un triple pontage, vous sortez métamorphosé de l’expérience du coma, les proches ne vous reconnaissent plus tout à fait. De là, le concept de mort imminente, d’inconscient, donne un terrain trouble avec son spectre de nuances, ni blanc ni noir. Et puis j’en avais marre de ce postulat éculé en polar, qui veut que le héros soit sublimé par l’épreuve.

Casser les clichés, c’est aussi rendre le psychopathe Hirtman séduisant?

Je ne crois pas au Mal absolu. Du moins, je cherche la lumière dans les ténèbres. Ici, le thème père-fils cliquette en écho. Ce jeu de miroirs qui rompt la construction, va finir par résonner sur ce tueur.

Pourquoi d’ailleurs cette fixation filiale, vient-elle de votre histoire?

Oh, évidemment, mon père, meilleur ouvrier de France à 20 ans, professeur émérite, grand résistant dans les forces de Libération à la Seconde Guerre mondiale, m’a marqué. Il était surnommé «Le Maître». Il m’a surtout passé le goût des vrais érudits, ces Michel Cerf, Umberto Eco qui peuvent disserter de tout à tout moment. Plus que l’oreille absolue, moi je rêve d’avoir cette mémoire absolue.

Avant d’écrire, enquêtez-vous à la Servaz, le cadre semble si plausible?

Je vérifie tout. J’ai même pris le train d’Oslo à Bergen, visité l’église décrite,ludes tonnes d’archives. Je discutais avec un confrère, il croyait que mon éditeur mettait à ma disposition une équipe de documentalistes! Ce n’est pas le cas mais je suis très fier de bosser ce point à fond. Un jour, une lectrice russe spationaute, m’a dit sa sidération face à mon tableau de la Cité des Etoiles à Moscou! Une des rares fois pourtant, où je l’avais reconstitué sur documents. Mais cette vraisemblance donne du poids à mes histoires.

Pourtant, le village de Saint-Martin dans Glacé ou Peur n’existe pas.

Sauf pour les habitants de Luchon qui s’y reconnaissent, des thermes aux télécabines. Au-delà du réalisme, je tiens à garder une part d’imaginaire, à ne pas tirer des contraintes des faits mais une liberté.

Mais fonctionnez-vous en flic face aux vraies infos, l’affaire de la famille disparue de Nantes par exemple?

Pas du tout. Même si dans ce cas précis, cette disparition m’évoque l’affaire Dupont de Ligonnès. En 2011, Xavier, le père et principal suspect, avait été filmé avec Glacé à la main! Au-delà, l’expérience du romancier ne sera jamais celle du policier… Par empathie, je me mets du côté des victimes. Le crime m’épouvante.

L’alliance d’une flic norvégienne et de Servaz rappelle ici les séries scandinaves, The Bridge, ou même le récent Jour polaire. Hommage?

Je suis un très gros consommateur de littérature policière scandinave. Et en particulier des livres de Jo Nesbø, un auteur remarquable dont je suis un vrai fan. Je suis venu sur le tard à la vogue scandinave, grâce aux romans de Henning Mankell. Là encore, c’était une forme de salut à des auteurs formateurs. Depuis évidemment, il y a à boire et à manger.

Glacé a été adapté en série. Vu les moyens, c’est une petite déception.

Bienvenue au club! Sans m’appesantir, disons que je cultive aussi des réserves, la modification de la fin par exemple. Je vois ça comme un père qui doit digérer que son enfant divorce. Bon, je suis de l’école qui dissocie roman et adaptation, des exercices si antinomiques qu’ils ne peuvent se comparer. Je ne m’en préoccupe pas trop. D’autant que paradoxe curieux, la série avec l’énorme pouvoir de visibilité de la télévision, a donné l’envie de lire mes bouquins! Et puis, je vais me lancer dans l’écriture de scénarios originaux.

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