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Erri de Luca en conversation avec le fils qu’il n’a pas eu

Avec «Le tour de l’oie», l’écrivain livre un curieux dialogue avec lui-même.

Erri de Luca retourne le miroir de l'écriture pour faire face à lui-même dans «Le tour de l’oie».
Erri de Luca retourne le miroir de l'écriture pour faire face à lui-même dans «Le tour de l’oie».
TONY GENTILE

Les lecteurs d’Erri de Luca savent que l’écrivain napolitain chérit une forme de recueillement qui va parfois jusqu’à prendre la forme d’un mysticisme laïc, d’un panthéisme aux atours poétiques assez rugueux. Paradoxe pour un littéraire, l’auteur prolifique affectionne les narrateurs taiseux, rétifs aux jugements à l’emporte-pièce et plus enclins à se laisser glisser sur des pentes contemplatives, intérieures.

Cette attitude frugale et un peu rêche n’a rien d’un repli – on sait aussi jusqu’où l’homme a pu s’engager politiquement dans les luttes anarchistes et ouvrières. Mais il y a du moraliste dans sa retenue, sa volonté de faire face en individu dialoguant de plain-pied avec le monde.

Dans son dernier livre, «Le tour de l’oie», Erri de Luca, 68 ans, force sa nature et se soumet à la question, interrogeant sa vie et ses arrangements. Pour ce faire, il s’invente un interlocuteur possible, le fils qu’il n’a jamais eu. Ce double de lui-même apparaît lors d’une soirée frappée par la foudre, dans une ambiance presque fantastique où les lueurs de la cheminée ont avantageusement remplacé l’ampoule électrique.

Des histoires en planches bien découpées

Dans le dialogue qui suit, selon la logique d’une dialectique très intime, l’auteur revient sur ses jeunes années, sa propre relation aux parents, sa condition d’écrivain façonnant des histoires comme d’autres coupent des planches. La forme choisie lui permet d’échapper au monologue sentencieux et égotiste pour taquiner son amour-propre, ses idées reçues, son tranquille désarroi écologiste et cette «volonté de puissance et de possession que je n’ai pas».

Difficile de ne pas se sentir en fraternité avec cet artisan mesurant ses aveux, l’un des rares à rester crédible quand il écrit: «Je ne veux pas le pouvoir, sous aucune forme.»

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