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«Il faut du toupet pour écrire»

Katherine Pancol retrouve le clan des Cortès et autres «Muchachas» et leur colle «Trois baisers».

Katherine Pancol, croqueuse de best-sellers.
Katherine Pancol, croqueuse de best-sellers.
© Sylvie Lancrenon

Katherine Pancol ne s’en cache pas, la «supervoisine de proximité de la France moyenne» fonctionne comme du papier buvard. «L’autre jour, j’étais en promotion à Bruxelles et dans une épicerie, je tombe sur une Hortense. Une petite nana habillée de rien, avec une classe incroyable! Je la photographie dans ma tête et encore aujourd’hui, je regrette de ne pas lui avoir demandé son numéro de téléphone.» Ça lui arrive souvent? «Oh, de temps à autre, je reconnais ainsi mes personnages dans la rue, dans le train, dans un aéroport. C’est l’avantage de cette célébrité. Je les appelle, je me présente et après les avoir félicités sur leur allure ou que sais-je, je discute pour leur piquer des expressions, des tournures d’esprit.»

D’une trilogie animalière entre crocodiles, tortues et écureuils tirée à 6, 5 millions d’exemplaires à une autre, Muchachas, tout aussi populaire, la cosmopolite a développé plus de 43 personnages dans le clan Cortès et Cie, six familles à ce jour. Normal que ces destins occupent à chaque bouquin des volumes épais. «Ils sont branchés sur la vraie vie. Mais je n’écris pas la tête en l’air, il faut du toupet.» Et donc, à raison de cinq heures par jour, la Pancol apprivoise ses créatures, les flatte, leur parle. «Je ne triche jamais avec l’émotion. A mes débuts, j’ai pu parler de moi. Ça me semblait normal, je connaissais le terrain. Moi d’abord, 300'000 exemplaires, alors que j’avais 24 ans… je suis tombée dans à peu près tous les panneaux de la célébrité. Puis je suis partie à New York, par chance. Désormais, je suis vaccinée. Je connais mes priorités.»

Rentrée en Europe, «la blonde de Paris Match», comme la surnomme alors le milieu parisien, va cultiver le goût des autres. «Je me suis aguerrie à autrui. Je suis toujours restée dans la vraie vie. Au contraire de mon héroïne Zoé, qui dit que la richesse apprend à se connaître, je sais depuis longtemps qui je suis.» Et de pouffer. «J’ai beaucoup travaillé sur moi. Parfois, je me morigène intérieurement, pourquoi Katherine, tu fais encore ça, pourquoi tu te bloques. Je suis de la pâte à chewing-gum… De là, je n’ai jamais eu de secrétaire ou d’assistante, je connais le prix d’un ticket de métro ou d’une baguette. Au supermarché, je lis les étiquettes. C’est important.»

Parisianisme

Confidence pour confidence, elle dit tout devoir à Balzac, dont elle relit Le Père Goriot«au moins une fois par année», et Colette, «styliste incomparable de la langue française». La Comédie humaine du premier lui a enseigné à passer l’individu intime à la loupe «pour rendre compte des convulsions du monde». La seconde l’a initiée à «la pure beauté des mots simples, qu’il s’agisse de décrire un chapeau chez la modiste, le bâton de khôl cassé dans son sac ou le trouble provoqué par un homme rentrant dans son jardin».

La vie des Cortès s’égrène ainsi, comme les destins des Cousine Bette et autre Rastignac des temps modernes. «Pour les gérer, j’accumule les carnets de notes, au pied du lit, dans la salle de bains, les placards de cuisine. Proust ne disait-il pas qu’un personnage, c’est pareil aux côtelettes réunies dans une poêle? Le jus final contient tous les sucs. Notez, il faut du toupet pour écrire. Si jadis, Robert Laffont ne m’avait pas demandé d’essayer, je n’y aurais jamais pensé.»

Certains critiques parisiens la détestent avec une viscéralité brutale. Du genre Frédéric Beigbeder, qui la taxe de «la Lee Strasberg du roman à l’eau de rose», et autres mauvais coucheurs. Ou façon Jérôme Garcin, qui prévient: «Si vous dites du mal de Pancol, vous êtes taxé de parisianisme.»

Fidèle à son destin

Fine mouche, Katherine Pancol s’en moque, reste fidèle à son destin. Ainsi, dans les années 1970, Romain Gary vit dans sa rue à Paris. Alors journaliste, elle hésite à publier, songe à flanquer son manuscrit à la poubelle. Elle promène son chien avec le génial écrivain qui l’encourage, partage ses confidences, finit par la convaincre. Envers et contre tous. «Je n’ai jamais oublié sa douleur après les critiques assassines».

Romain Gary se vengea des petits marquis germanopratins quand il publia sous le nom d’Emile Ajar et obtint un deuxième Goncourt. Il riait, me disait: «Regarde, le livre d’Ajar est vanté par tous, et pour le livre que je sors sous mon nom, je prends comme d’habitude les reproches, «Gary se répète, Gary rabâche!» De là, le parisianisme, pff!»

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