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Frédéric Pajak embrasse deux immenses poètes «femelles»

Le tome VII du «Manifeste incertain» rend visite à Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva. Critique

La poétesse russe Marina Tsvetaieva (à g.) avec sa fille Ariadna, un dessin inspiré au dessinateur-écrivain par une photographie.
La poétesse russe Marina Tsvetaieva (à g.) avec sa fille Ariadna, un dessin inspiré au dessinateur-écrivain par une photographie.
F. PAJAK

«J’ignorais tout d’une poésie «femelle» jusqu’au jour où, il y a une trentaine d’années, j’ai découvert les poèmes d’Emily Dickinson et de Marina Tsvetaieva.» Dans le 7e tome de son «Manifeste Incertain», le dessinateur-écrivain Frédéric Pajak se penche jusqu’au vertige sur deux insignes destins. L’auteur n’ironise pas sur leur condition féminine, mais insiste au contraire sur la singularité de démarches intransigeantes et exemplaires.

La première (1830-1886), Américaine presque cloîtrée dans sa demeure d’Amherst et protestante très atypique par sa liberté de pensée, ne publie de son vivant qu’une dizaine de textes sur une œuvre qui en compte quelque 1800. La seconde (1892-1941), Moscovite exaltée dans une époque de guerres et de révolutions, se pend après une vie de misère et d’exils. Deux poétesses aux vies quasi opposées, mais qui tendent toutes deux à ne considérer qu’une seule réalité, l’altière intensité des mots éprouvée dans une inviolable intimité.

Frédéric Pajak ne propose pas d’exégèses fouillées de leurs œuvres, mais s’attache à montrer, en limier de biographique, comment la poésie peut s’opposer farouchement à l’existence, cherchant là une intensité absente de la vie, barrant ici le chemin à la médiocrité des humiliations quotidiennes. Rythmant encore le récit par de magnifiques dessins en échappées ou contrepoints, il condense Emily Dickinson en une cinquantaine de pages, tandis que Marina Tsvetaieva se taille la part du lion, blessé certes mais bataillant à armes inégales avec l’ours soviétique naissant puis triomphant.

La proximité avec son modèle russe se trouve renforcée par un récent voyage slave, en quête énamourée de l’âme d’un peuple. Tout est déséquilibre dans ce tome sous-titré «L’immense poésie». Contrastes entre les portraits et les paysages (exposés dès le 13 décembre à la galerie lausannoise RichterBuxtorf), entre puritanisme américain et passions russes, entre nostalgie très actuelle et devoir de mémoire. «Je ne peux pas vivre, je ne suis pas comme les autres. Je ne peux vivre qu’en rêve», écrivait Marina Tsvetaieva. Pajak doit approuver.

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