Entre guerre et paix à Cologny

ExpositionLa Fondation Bodmer illustre par des raretés le cycle ininterrompu qui a donné son titre au roman de Tolstoï.

Pierre Hazan, commissaire de l'exposition

Pierre Hazan, commissaire de l'exposition "Guerre et Paix". Image: Laurent Guiraud

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En ce premier dimanche d’ouverture de l’exposition «Guerre et Paix», un public attentif suit les commentaires alternés de ses deux commissaires, Pierre Hazan et Jacques Berchtold. Le premier parle d’histoire diplomatique et le second de littérature. L’un se dévoue sur le terrain à la médiation des conflits armés, l’autre dirige cette Fondation Martin Bodmer où la littérature croise l’histoire page après page.

En fin de parcours, des questions attendent les visiteurs sur un mur vert tendre: «La guerre est-elle inscrite dans la nature humaine?» «Peut-on pardonner?» «Comment résister à la propagande?» «L’histoire est-elle cyclique?» De cette manière, Pierre Hazan stimule la réflexion suscitée par la contemplation des traités de paix surchargés de sceaux rassurants, des appels à la haine lancés par la propagande imprimée, des élans de générosité signés Croix-Rouge, du pacte Briand-Kellogg de 1928 rendant la guerre hors la loi…

«Sont rassemblés ici des documents et des objets qu’on ne voit jamais ensemble. Leur rôle historique, leur charge symbolique, leur poids sur le monde sont immenses. Regardez ce clou d’argile. On y voit gravé un traité d’alliance vieux de plus de 4400 ans. On peut dire que c’est le plus ancien texte diplomatique connu. Quand j’ai su que la Fondation Martin Bodmer possédait un tel objet, j’ai pensé qu’une exposition comme celle-ci y avait sa place et j’ai fait les premiers pas.»

Pour Pierre Hazan, ce «Guerre et Paix» n’aurait pas eu lieu d’être il y a une trentaine d’années. «Après la chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS, on ne voyait que les dividendes de la paix, on parlait d’une ère nouvelle, même de la fin de l’histoire, rappelle l’expert. Depuis lors, d’autres conflits ont vu le jour et des inquiétudes nouvelles ramènent la question du terrible engrenage sur le tapis. Cette exposition cherche à mettre celui qui la regarde devant la grave responsabilité de l’homme, qui doit choisir entre la guerre et la paix.»

Le parcours suit trois thèmes successifs: la genèse de la guerre, le temps de la destruction et le pari de la paix. On y trouve des éditions rares, des affiches, des télégrammes, des lettres manuscrites ou tapuscrites, une page de «Guerre et paix» de la main de Tolstoï prêtée par Moscou, des objets comme une hache de guerre ou un bâton de l’amitié, même une expérience de réalité virtuelle: «Il ne faut pas rater ça, conseille Pierre Hazan, vous vous promenez dans une maison truffée de mines à Falloujah en Irak.»

C’est dire que «Guerre et Paix» va très loin et très haut, comme le suggère l’œuvre de Yang Yongliang en forme de gratte-ciel en train d’exploser qui illustre l’affiche et le catalogue de l’exposition. «En montant l’exposition, nous avons vécu des moments forts où le poids émotionnel de certaines pièces s’est imposé avec force. Le hasard a voulu que nos restauratrices reçoivent en même temps l’édition originale de «Mein Kampf» d’Adolf Hitler, et «Le Journal d’Anne Frank», dans son édition originale en néerlandais de 1947. Elles ont dit non, on ne peut pas les avoir sur la même table. Autre exemple: quand est venu le moment de placer le discours de Victor Hugo plaidant l’amnistie des communards à côté des fiches des Nations Unies sur les criminels de la Seconde Guerre mondiale, l’institution prêteuse du premier a demandé que ces documents soient mis tête-bêche.


Jusqu’au 1er mars 2020 à la Fondation Martin Bodmer à Cologny www.fondationbodmer.ch

Créé: 11.01.2020, 20h10

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