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L’homme-machine du futur est averti

Dans son essai militant, «H+», Alexandre Friederich combat les technoprophètes, quitte à surévaluer - un peu - l’ennemi.

Alexandre Friederich, humaniste en croisade contre les technophiles.
Alexandre Friederich, humaniste en croisade contre les technophiles.
DR

Ce début de XXIe siècle ne se laisse pas encore superposer à l’anticipation qu’en faisaient les romanciers cyberpunks, mais on s’en approche. Dangereusement, dirait Alexandre Friederich qui, dans son essai «H+», met en garde contre la marche forcée de la technoscience et d’un capitalisme débridé, si ce n’est «dévoyé» - puisque l’auteur lui-même se considère comme un entrepreneur capitaliste.

L’écrivain suisse, Prix Michel Dentan en 2011 avec son récit «Ogrorog» ou observateur critiques du voyage 2.0 dans son ouvrage «EasyJet» de 2014, lance cette fois une charge acerbe contre la propagande de ceux qu’il qualifie de technoprophètes, ces transhumanistes et posthumanistes promettant la liberté d’un paradis pavé d’adjuvants numériques et mécaniques.

Les connexions neuronales ne sont pas encore tout à fait au point et les membres bioniques en sont encore à un stade de développement rudimentaire, quant au téléchargement de la conscience, il laisse encore beaucoup à désirer, mais les mouvances et les lignes idéologiques qu’Alexandre Friederich s’efforce à décrire ne relèvent plus de la science-fiction depuis longtemps.

Le Bernanos des robots

Citant le Bernanos de «La France contre les robots» (1947) - «Ainsi, le progrès n’est plus dans l’homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain» - cet humaniste qui n’hésite pas à se situer sur une ligne traditionaliste esquisse une généalogie des courants à la fois technophiles et spéculateurs, remontant au père de la cybernétique, Norbert Wiener.

Son texte militant aborde plusieurs aspects de cette problématique comme les conceptions ultra-matérialistes du posthumanisme (en opposition au binôme classique du corps et de l’esprit) ou la perte d’individuation, et donc de dialogue social et politique, entrevue dans ces horizons homogénéifiant. Il pointe avec pertinence la non-soumission de la technique - et ses expérimentations dérégulées - aux contraintes de l’État de droit. L’essayiste n’évite pas non plus les enjeux informationnels des nouveaux réseaux qui se constituent aujourd’hui et opère un petit détour sur la figure d’un Julian Assange admiré en résistant face à ces nouvelles menaces.

Joyeusetés et noirs présages

Il se dégage parfois de cet essai parfois ardu mais déroulant anecdotes et citations amusantes - comme celle du transhumaniste David Pearce, tout de même inquiet d’une «ingénierie de paradis bâclé (qui) pourrait verrouiller l’humanité au sein d’une utopie de second ordre» - un petit parfum complotiste, dû peut-être à une surévaluation de l’ennemi qu’Alexandre Friederich s’est choisi. Car les transhumanistes les plus enthousiastes sont encore loin d’avoir gagné leur pari et l’on voit, ces dernières semaines, que la biologie, plus complexe qu’un circuit d’ordinateur, résiste férocement.

Noircissant ses présages pour servir sa démonstration, l’auteur oublie aussi parfois le présent: l’emprise cybernétique n’est-elle pas déjà consommée par l’omniprésence des smartphones, accès à la conduite mondialisée où vont se perdre nos pauvres petites subjectivités?

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