L'humour proustien est plus acidulé et corrosif que venimeux

LittératureLes sept volumes d’«A la recherche du temps perdu »s’émaillent d’instants jubilatoires. Laure Hillerin les a réunis dans un bréviaire

Marcel Proust en 1895.

Marcel Proust en 1895. Image: CORBIS

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Il ne partageait pas le goût du nonsense britannique et devait méconnaître les élucubrations langagières de son compatriote et contemporain Alphonse Allais. Mais il est indéniable que Marcel Proust fut un humoriste. D’une façon plus finaude, héritée entre autres de Saint-Simon, l’historiographe de Louis XIV et de sa cour. On n’y est pas rabelaisien: au riregras, on préfère l’observation psychologique de contemporains, les pataquès, les rictus visagiers. La méchanceté n’y est pas méchante, mais douce-amère. Une sucrerie acidulée.

S’affirmant en lectrice attentive de la puissante construction romanesque de la Recherche, qui contient un million et demi de mots, l’historienne Laure Hillerin en a récolté des passages exemplaires dans ce qu’elle appelle joliment un «bréviaire». Des épisodes narratifs, donc plus souriants qu’hilares, qui contrastent avec d’autres soumises à une plus sérieuse exploration introspective et à une analyse de la sensorialité humaine inégalée.

Un extrait daubant sur le comportement des snobs: «Allons, Oriane, à cheval, dit le duc qui piaffait déjà d’impatience comme s’il était lui-même un des chevaux qui attendaient.» Ou celui d’intellectuels trop polis: «A qui l’attribuez-vous? Swann hésita un instant devant cette toile que visiblement il trouvait affreuse: - A la malveillance.»

Mais le narrateur du roman à mille et un tiroirs n’oublie pas les comparses, ni leur génie créatif en cuisine: pour réaliser un fameux bœuf à la gelée, Françoise «allait elle-même aux Halles se faire donner les plus beaux carrés de romsteck, de jarret de bœuf, de pied-de-veau, comme Michel-Ange passant 8 mois dans les montagnes de Carrare à choisir les blocs de marbre les plus parfaits pour le monument du pape Jules II».

D’autres pépites proustiennes amusantes scintillent dans le florilège charmant de Laure Hillerin, au titre hélas trop racoleur. Proust ne rit pas. Mais son sourire est irrésistible. (24 heures)

Créé: 30.05.2016, 15h43

«Proust pour rire»

Laure Hillerin

Flammarion, 360 p.

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