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Huysmans sur papier bible, la prière de Houellebecq exaucée

L’écrivain de la fin du XIXe siècle entre enfin dans la bibliothèque de la Pléiade. Le retour du refoulé?

Joris-Karl Huysmans (1848-1907).
Joris-Karl Huysmans (1848-1907).
COLL. TAPONIER/AFP

En 2015, l’auteur Joris-Karl Huysmans (1848-1907) retrouvait la lumière par des voies détournées. «Soumission» de Michel Houellebecq, roman controversé, mettait en scène le personnage d’un universitaire morose vouant une sorte de culte existentiel à l’écrivain décadent jusqu’à devenir responsable de l’édition de ses œuvres dans la bibliothèque de la Pléiade.

Il était possible d’y lire un vœu, désormais exaucé puisqu’une sélection – restreinte – de ses romans et nouvelles vient de paraître dans la fameuse collection de Gallimard. «L’idée était dans l’air, mais Houellebecq y a incontestablement contribué», a confié André Guyaux, directeur de l’ouvrage avec Pierre Jourde, au magazine catholique «Famille Chrétienne», inquiet à juste titre de l’absence du volume de ses derniers écrits religieux.

Tensions flaubertiennes

Mais l’on aurait tort de faire la fine bouche devant la réapparition éditoriale, même partielle, d’un écrivain qui rassemble dans son œuvre des regards si multiples sur les esthétiques de la fin du XIXe siècle. Pour faire court, tout Huysmans peut se comprendre dans la tension entre les deux romans de Flaubert que sont «Madame Bovary» et «Salammbô». D’un côté le parangon du réalisme, de l’autre, la fantasmagorie historique poussée à son comble. Ajoutez à cela une forte veine baudelairienne, notamment critique, et vous obtenez les valeurs de celui qui a passé trente ans de sa vie comme fonctionnaire au Ministère de l’intérieur.

Fils d’un petit lithographe néerlandais, Joris-Karl Huysmans se place d’abord dans l’orbite du naturalisme d’Émile Zola, qu’il rencontre en 1876. Le chef de file le félicite cette même année pour son premier roman, «Marthe, histoire d’une fille», et son personnage de prostituée. Trois ans plus tard, avec «Les sœurs Vatard», il se saisit d’ouvrières en atelier de reliure.

Dégoûts et angoisses

Il ne faut pourtant pas se méprendre sur cet intérêt pour les réalités populaires. L’écrivain aux constantes tentations autobiographiques est moins stimulé par des motivations politiques que par le dégoût – l’angoisse? – que suscitent en lui les métamorphoses sociales à l’heure de l’industrialisation forcenée.

Raffinant sa plume au gré de romans comme «En ménage» ou «À vau-l’eau», Huysmans abandonne l’esthétique naturaliste avec «À rebours», livre qui lui a valu la plus ferme postérité avec son portrait de dandy décadent et symboliste cloîtré dans la demeure de ses délires tel un névrosé dans le palais de ses obsessions. Traduction prosaïque des idéaux de Baudelaire, l’œuvre laisse aussi transparaître les jugements sans appel d’un critique clairvoyant – entre deux excentricités – sur la peinture de Gustave Moreau ou la poésie de Stéphane Mallarmé.

Tiraillé par la religion, il livre encore en 1891 «Là-bas», roman parfois excessivement qualifié de «sataniste», avant d’entamer une conversion et des écrits plus en phase avec ce questionnement comme «En route» (traversé par le doute), puis «La cathédrale» (1898) et «L’Oblat» (1903), deux romans absents de la Pléiade. Rétif à son temps, cultivant le retrait mais cherchant le salut tant dans la débauche que dans la mystique, Huysmans s’oppose de toutes ses formes à l’hygiénisation de l’esprit. Un résistant à saluer.

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