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«L’islamisme radical n’est pas moins alarmant aujourd’hui»

Étienne Barilier revient sur son roman «Dans Khartoum assiégée» avant de partir à la rencontre de ses lecteurs

Etienne Barilier fait partie des six nominés du Prix des lecteurs de la ville de Lausanne.
Etienne Barilier fait partie des six nominés du Prix des lecteurs de la ville de Lausanne.
Sébastien Agnetti – Ville de Lausanne

Auteur chevronné, Étienne Barilier revient au roman historique avec «Dans Khartoum assiégée». Ce récit très documenté plonge dans le Soudan du XIXe siècle, théâtre d’une révolte islamique sanglante contre le pouvoir égyptien sous contrôle britannique. Les parallèles avec l’islamisme contemporain relèvent de l’évidence. Explications du nominé au Prix des lecteurs de la ville de Lausanne qui va bientôt à la rencontre de son public.

Comment avez-vous trouvé le motif historique du siège de Khartoum par des illuminés islamiques à la fin du XIXe siècle? Est-ce le séjour à Lausanne du général Charles Gordon qui vous a mis sur la piste? Je ne sais plus quel hasard m’a conduit à lire un ouvrage sur le siège de Khartoum. Mais une chose est sûre: quand j’ai découvert que Gordon, enfermé dans cette ville, avait tenu un journal où, dans des circonstances périlleuses et tragiques, se manifestent à la fois son courage, son amour de la population, son intelligence et son humour, j’ai été fasciné par le personnage. Son passage à Lausanne, je ne l’ai découvert que bien plus tard, mais je ne voulais pas manquer de noter, en épigraphe, qu’il avait exprimé, dans nos murs, son besoin de grandeur!

La documentation a-t-elle été facile à réunir? La figure de Gordon a donné lieu à toute une littérature, en anglais surtout, mais également en français. De même, son journal a été traduit dans notre langue. À cet égard, il ne m’était pas trop difficile de me documenter. Mais bien sûr il a fallu que je lise des ouvrages plus généraux, sur l’Égypte de cette époque, sur l’esclavagisme en Afrique, sur l’histoire de Khartoum et du Soudan, sur l’entreprise de ce Mahdi qui galvanise les Soudanais. Ce travail, cependant, n’était pas fastidieux. C’était une manière de m’approcher du mieux que je pouvais d’un univers fascinant, d’entendre battre le cœur de la tragédie.

Comment vous êtes-vous plongé dans la rhétorique islamique, qui trouve, dans vos pages, des expressions saisissantes de mimétisme? D’une part, j’ai lu des témoignages sur le Mahdi, et divers textes d’auteurs musulmans (dans la mesure où ils étaient traduits en français ou en anglais). D’autre part, j’ai tenté de comprendre et de vivre le personnage dans sa vérité propre, et tenté aussi de ressentir par intuition ce que peut être une religion du désert, de la transcendance impitoyable, de l’absolu qui brûle. De manière générale, j’ai tenté, dans ce roman, de me mettre à la place de chaque personnage, de le vivre de l’intérieur, de donner vie à sa vérité propre. Chaque personnage, y compris le Mahdi, même si l’identification, dans ce cas, n’est évidemment pas facile.

Jusqu’à quel point l’affrontement de l’époque entre religieux et colonialistes peut-il se comparer à la situation actuelle au Moyen-Orient et l’idéologie de Daech? Il est évident que la tragédie de Gordon et du Mahdi m’a frappé d’autant plus que le fondamentalisme islamique est une réalité qui n’appartient pas à l’histoire seulement, mais bien à notre présent. Les drames d’aujourd’hui ne sont pas identiques à ceux d’hier, mais le défi que nous lance l’islamisme radical n’est pas moins alarmant. Il l’est même davantage. Et nous devons, comme le devait Gordon à son époque, savoir pourquoi nous résistons à cette menace qui est religieuse et métaphysique autant et plus qu’elle est politique. À quoi croyons-nous? Quelle idée de la personne humaine opposons-nous aux Mahdis d’aujourd’hui? Que sommes-nous disposés à sacrifier pour que vive cette idée?

Mais vous mettez en scène un personnage, Pascal Darrel, ancien Communard, qui soutient la cause du Mahdi, par idéal anticolonialiste. Oui, et j’essaie de donner à ce personnage autant de substance qu’à celui de Gordon. Darrel avait raison dans la mesure où le mouvement du Mahdi était aussi une révolte contre la présence étrangère et, à ce titre, compréhensible et légitime. Il se trompait en revanche en refusant de voir que l’idéologie mahdiste était contraire à ses propres idéaux de liberté et d’égalité, notamment entre les hommes et les femmes.

Si Darrel avait partiellement raison, Gordon avait partiellement tort? Sans doute. Gordon vivait dans la contradiction. Il en était conscient: c’est sa grandeur. C’était un général amoureux de la paix, un militaire que le meurtre horrifiait, fût-ce le meurtre d’un animal. Et voilà qu’une fois encore, il était contraint de tuer. Très religieux, il comprenait le Mahdi, au point qu’on l’avait parfois qualifié de «Mahdi anglican». Winston Churchill a écrit que ces deux-là devaient se comprendre… Mais Gordon pensait que la population de Khartoum ne méritait pas l’impitoyable théocratie mahdiste. Il avait aussi conscience que l’État anglais l’utilisait, lui et son idéalisme, pour faire avancer ses intérêts. Mais, confronté à ce que le réel a de plus sanglant et de plus impur, il voulait rester fidèle à son idéal, coûte que coûte. C’est d’ailleurs cet idéalisme qui le rend si proche de Marie, un personnage féminin qui, je l’espère, répand sa lumière sur le livre, et qui, elle aussi, n’a qu’un but: soulager la souffrance humaine.

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