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Jacques Roman invoque les folies rédemptrices

L’auteur lausannois rompt encore sa solitude avec «La majesté du terrible», suivi de «O Rato». Critique.

Jacques Roman, auteur et profanateur de superficialité.
Jacques Roman, auteur et profanateur de superficialité.
JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Jacques Roman tourne-t-il autour du pot dans «La majesté du terrible» suivi de l’indispensable «O Rato»? Oui, et dans le meilleur sens que l’on puisse prêter à l’expression. En inlassable arpenteur de l’épreuve des mots qui se place sous le signe de la mémoire, de la solitude et de la folie, l’écrivain tisse son œuvre autour d’un vide ou plutôt d’un indicible. «C’est bien devant un point aveugle, un tableau noir, en un angle fou, qu’ici je suis invité à me mettre en marche – au péril de la raison?»

Dans son texte polymorphe qui doit autant à l’essai qu’à la poésie ou à la nouvelle, l’intranquille cherche à circonscrire «le sens, le sens d’écrire, son sens et son mystère». Très à l’écart de la posture dénonciatrice qu’il pourrait adopter face aux bastions littéraires commerciaux – il manque d’ironie quand il assure que «le grand genre aujourd’hui, c’est le roman» –, Jacques Roman creuse, dans ce qui peut apparaître comme un rituel langagier de la connaissance par les gouffres, l’insaisissable trajectoire humaine, des émerveillements et des souffrances de l’origine jusqu’aux résistances de la fin.

Son usage des italiques, déclenchant des logiques sourdes ou déclamatives, rythme un propos étonnamment clair où il est question de persévérance butée, d’échappée libre, de condition expérimentale et de souci de soi. Dans ses variations, la solitude, comme la folie, ne relève pas d’une posture antagonique – l’individu contre la société – mais plutôt d’une stature rédemptrice, sauvetage d’une conviction intime qui passe parfois par la destruction de ses écrits.

Quant à la mémoire, réceptacle de l’élan des débuts, l’innocence ou la confiance bafouées de la jeunesse, elle illumine fatalement tous les présents. Jacques Roman adopte-t-il la poétique de la fuite? «La réponse, disait Blanchot, est le malheur de la question.»

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