Jean d’Ormesson donne une voix à l’histoire

Littérature«Et moi, je vis toujours», le dernier livre de l'écrivain mort le 5 décembre à 92 ans, paraît le 11 janvier.

L'écrivain Jean d'Ormesson est mort le 5 décembre 2017. (archives)

L'écrivain Jean d'Ormesson est mort le 5 décembre 2017. (archives) Image: Georges Cabrera

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Jean d’Ormesson est mort le 5 décembre dernier, mais l’Histoire (avec un grand H) continue sans lui. C’est elle, et non l’écrivain, qui nous dit: "Et moi, je vis toujours". Tel est le titre du livre que son auteur ne verra pas en librairie. Ce dernier ouvrage du médiatique académicien y sera dès le 11 janvier.

Après cinq premiers courts chapitres à la première personne du singulier, dont le premier nous plonge dans la préhistoire, Jean d’Ormesson s’explique: «Tantôt homme, tantôt femme, je suis, vous l’avez déjà deviné, je suis l’espèce humaine et son histoire dans le temps. Ma voix n’est pas ma voix, c’est la voix de chacun, la voix des milliers, des millions, des milliards de créatures qui, par un miracle sans nom, sont passées par cette vie.»

On imagine avec quel plaisir l’écrivain nonagénaire aurait parlé de ce nouveau livre devant les caméras de la télévision. On l’aurait entendu plaisanter au nom de l’humanité, comme si elle était une personne proche et bavarde. On l’aurait écouté raviver en son nom les périodes de l’histoire en marche. Il fallait toute la culture et le toupet du cher vieil homme pour rassembler tout cela dans un livre de seulement 284 pages.

Dur pour lui de ne pouvoir citer personne au chapitre préhistorique. Jean d’O invente donc Rha et Rho, le second plus âgé que le premier et qui l’a élevé: «Tout le reste de la nuit, de retour dans notre caverne, je le passai dans les bras de Rho. Je me demande, je ne sais plus, s’il n’en profita pas un peu.» L’auteur n’est plus là pour éclairer ce fantasmatique passage. Tant pis, le lecteur traverse déjà l’Antiquité à toute vitesse, les noms de rois, d’empereurs et de philosophes s’accumulant jusqu’à la naissance Jésus. «Le révolutionnaire le plus radical que j’aie jamais connu», affirme l’histoire de l’humanité sous la plume de Jean d’O.

Au fil des pages, l’académicien se livre à un véritable "name dropping", qui fait s’entrechoquer les personnages célèbres jusqu’au vertige. À propos de Théodora, l’impératrice de Byzance, l’érudit parvient à citer dans la même phrase, ou presque, Lucrèce Borgia, Valtesse de La Bigne, Liane de Pougy, Proust, Émile Zola, Nietzsche, Rilke et Freud! Rien que de très normal, car l’histoire connaît tous ses acteurs par leur nom et peut les citer sans se soucier de la chronologie.

C’est ce vertige-là que Jean d’Ormesson s’offre avant de quitter ce monde. Il prend de la hauteur et convoque toutes les célébrités qui l’ont passionné sa vie durant. Mieux vaut les connaître presque aussi bien que lui pour prendre plaisir à cette réunion foisonnante.

Lui, Jean d’Ormesson, n’occupe pas la moindre des places dans tout ceci. Il est le scribe de cette humanité chargée d’histoire. Celle-ci confie à son sujet: «Le dernier masque que j’ai pris est celui d’un garçon déjà vieilli sous le harnais, qui s’était mis en tête de rédiger mes Mémoires. Il avait pondu, dans sa jeunesse, une chronique truquée de sa famille (ndlr, «Au plaisir de Dieu»), une fausse histoire du monde, une biographie bien imparfaite de Dieu. Il m’a tannée pour retracer mes aventures. Je l’avoue: je l’ai laissé faire. Je le regrette.»

Reste à savoir si ce regret sera partagé par les lecteurs de Jean d’Ormesson. Sa disparition a stimulé leur avidité, au point qu’à Noël, les rayons des librairies étaient vides de ses œuvres. On les y retrouvera rapidement, avec en plus Et moi, je vis toujours. Son auteur ne pouvait pas rater la rentrée littéraire 2018!

«Et moi, je vis toujours» par Jean d’Ormesson, Ed. Gallimard, 284 p. En librairie le 11 janvier. (24 heures)

Créé: 08.01.2018, 12h49

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