Le journal de Mariusz Wilk passe par Morges

LittératureCe Polonais qui vit en Russie depuis vingt ans a besoin du silence pour penser. Le bourlingueur s’est entiché de Nicolas Bouvier.

Mariusz Wilk (61 ans) partage des temps suspendus en compagnie de sa petite Martusza.

Mariusz Wilk (61 ans) partage des temps suspendus en compagnie de sa petite Martusza. Image: Magda Posüpiech

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La maison du vagabond, le dernier livre de Mariusz Wilk, pourrait toucher le Prix Bouvier ce week-end au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. «Dans une société, écrit-il, qui pratique le culte de ce qui est insignifiant, la lente contemplation des choses vraies est en soi une forme de résistance passive.»

Il s'imbibe de silence

Ce Polonais vit en Russie depuis vingt ans. Des îles Solovki, là-haut dans la mer Blanche, il est passé aux rives du lac Onega, en Carélie. Que fait cet ancien de Solidarnosc dans ces froides contrées? Il contemple l’espace («le paysage donne la liberté et le calme»), s’imbibe de silence, partageant la précarité des autochtones. Il portraiture ses voisins, rumine les extases des ermites russes, se vautre dans la littérature, tient un journal à la manière de Gombrowicz. Il ausculte le dedans et le dehors.

Le lisant, on se laisse porter par ses murmures intérieurs. On perçoit une musique que l’on finit par croire sienne. On se demande même si ce Jérôme des temps modernes – le Nord est son désert – n’a pas raison de consacrer des heures pleines à écouter battre le cœur de la petite Martusza, sa fille. Né en 1955, il lui arrive de danser sur Cohen ou de citer Jim Morrison. Il a lu le Bardo Thödol, soit Le livre des morts tibétain.

Heures suisses

La maison du vagabond passe par la Suisse, car le loup a dédicacé à Morges. Il a posé ses pieds sur la Videmanette («le sommet de ma vie»). Il a voulu voir de ses propres yeux quels livres avaient remplacé ceux de Nicolas Bouvier dans la chambre de Cologny. Ce sont ceux d’un petit Bordier, car la maison a été vendue. Quant à l’architecte grison Peter Zumthor, il le vénère et reprend ses propos: «Car avec les mots, ce n’est que l’ombre qu’on peut glorifier, et la lumière, par l’ombre.»

Wilk peut surprendre par une phrase où pointe son «amour envers Poutine». Réac, son attirance pour les vieux-croyants? Une chose est sûre: il nous file entre les doigts en évoquant des auteurs que nous ne parvenons pas à situer sur l’échelle de Richter de la littérature slave. Domine pourtant le plaisir. Entretien numérique.


Entretien

Mariusz Wilk, retravaillez-vous beaucoup vos textes?
Ecrire à l’ordinateur me permet de disposer les mots et les phrases librement, comme les petites pierres d’une mosaïque… Tant que je n’ai pas terminé une note, je ne commence pas la suivante; toutefois je corrige souvent quelque chose par la suite. Le plus important dans le texte est le paragraphe. Il doit avoir son thème, son intrigue et son dénouement. Mais je ne réfléchis pas à l’avance, au con­traire, je me représente très vaguement là où je vais. C’est habituellement le rythme de la langue qui me conduit, qui, dans une certaine mesure, appelle lui-même les mots nécessaires venant souvent des profondeurs du subconscient. Il arrive que tout à coup un mot ancien émerge, un mot que je n’avais jamais employé. Je ne suis pas toujours certain qu’il existe, je regarde dans le dictionnaire et je le trouve avec la mention «obsolète». C’est un argument en faveur de l’idée que la langue est un organisme qui vit sa vie intérieure, secrète, et si je trouve le rythme juste de la langue, c’est lui qui me guidera. De manière générale, le plus important pour moi dans l’écriture, c’est l’intonation, que je comprends comme mon rythme intérieur, qui correspond au rythme de la langue.

Comment choisissez-vous ce qui sera publié?
Je ne choisis pratiquement rien, car je publie tout ce que j’ai réussi à écrire. Ce qui n’a pas marché, je le jette dans le néant. J’écris peu, généralement un volume de mon journal (environ 200 pages) en trois ans.

Pourquoi votre journal n’accorde-t-il pas davantage de place à votre compagne, Natacha?
Ma femme, Natacha, est l’ombre dans laquelle je me cache. Pourquoi dévoilerais-je ma cachette?

Merci de préciser la nature de votre mysticisme…
Ce n’est pas mon mysticisme, c’est le mysticisme du Nord. A la différence du Sud, le Nord est vide. Il n’a pas de traces d’histoire, aucune ruine, aucun aqueduc, aucun palais ou parc ancien; on n’y ressent pas le temps, si on ne compte pas les saisons de l’année et les cycles circulaires de la nature. Pour cette raison, dans le Nord, on est plus proche de… l’éternité. Ludwig Wittgenstein a écrit: «Ce qui peut être dit peut être dit clairement; et ce dont on ne peut parler, il faut le taire.» C’est pourquoi je n’ajouterai rien de plus sur cette question. (24 heures)

Créé: 10.05.2016, 11h00

Le livre



«La maison du vagabond»
Mariusz Wilk
Editions Noir sur Blanc, 286 p.

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