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Lolvé Tillmanns dénonce le culte du corps, bodybuildé ou pas

Dans un microroman, l'auteure vaudoise étrille le machisme et observe le monde du fitness d’un œil caustique.

Lolvé Tillmanns, née à Morges et installée à Genève, vient de publier «Fit», son cinquième roman. Elle a aussi écrit avec sept autres auteurs «L'altitude des orties».
Lolvé Tillmanns, née à Morges et installée à Genève, vient de publier «Fit», son cinquième roman. Elle a aussi écrit avec sept autres auteurs «L'altitude des orties».
ODILE MEYLAN

«Fit», microroman de Lolvé Tillmanns paru début mars chez BSN Press, fait claquer ses mots comme un corps sec et sculpté fend l’air. L’auteure de 38 ans, née à Morges et installée à Genève, a déjà publié quatre romans remarqués. Tous fouillent dans la noirceur humaine. Dans son livre précédent, «Un amour parfait» (Éd. Cousu Mouche), elle retournait comme un gant une romance. Et, pour la petite histoire, son premier livre, «33, rue des Grottes», évoquait la vie d’un immeuble dégénérant dans la violence, les habitants y étant confinés pour cause d’épidémie...

Moins pessimiste mais tout aussi critique, «Fit» met en évidence l’exigence de perfection contemporaine vis-à-vis du corps. Car il est partout dans ce récit. Il y a d’abord celui de l’héroïne, 20 ans, aussi mal à l’aise dans sa chair que dans sa vie.

Pour payer le loyer de son appartement miteux, elle travaille à la réception d’un fitness. Même quand personne ne pointe au comptoir, elle est priée de rester sur le qui-vive douze heures par jour, le patron la préférant en tout temps «élégante et sexy» plutôt qu’en train de réviser pour ses examens universitaires de biologie.

Derrière la plastique, les blessures

De l’argent, elle en aurait si elle n’avait pas claqué la porte de la maison paternelle. Mais, farouchement indépendante, elle tient à distance son père, son ami d’enfance, et éconduit les dragueurs. Au fitness, elle se laisse pourtant amadouer par deux habituées, Tami, la sculpturale prof d’aérobic, «trésor surexcité de la salle», et Claudia, la championne de bodybuilding …

Il y a aussi deux clients avec qui elle finit par sortir, poussée par ses nouvelles copines. Et Antoine, jeune nounours roux de 100 kilos qui fréquente frénétiquement la salle de sport et dont la vulnérabilité la touche. Chez tout ce petit monde qui soigne son apparence, la plastique cache les blessures.

En féministe, Lolvé Tillmanns dénonce un monde tournant autour des «hommes et leur argent, leur pouvoir», montre le harcèlement sexuel omniprésent et les tentatives d’abus, le tout dans un langage cru qui tranche avec le passé de la riche fille à papa. Déjà désabusée, la «gentille petite bourgeoise qu’on étouffait de cuillères en or» sera pourtant ébranlée par la tragédie.

Le ton est caustique, la narration percutante, mais le livre laisse sur sa faim sur ce qui a pu provoquer une telle hargne chez la jeune femme. C’est peut-être ce qui fait la différence entre un microroman et un roman.

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