La lutte féminine se chauffe aux épices du monde

LittératureAvec l’Indienne Ambai et l’Iranienne Zoyâ Pirzâd, les Editions Zulma donnent des couleurs à un féminisme sans posture.

Les éditions Zulma mettent en lumière les voix de femmes du monde comme l'Indienne Ambai.

Les éditions Zulma mettent en lumière les voix de femmes du monde comme l'Indienne Ambai. Image: Editions Zulma/LDD

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En Occident, le féminisme semble se restreindre à une aimable évocation du passé ou à des positions théoriques qui l’assimilent aux fameuses «études genre»… Entre la donzelle à moustaches et le gaillard en tutu, il y a pourtant la femme tout court. La lutte pour l’égalité salariale, par exemple, aujourd’hui inaudible, n’arrive pas à s’affirmer comme une priorité. La défense de droits fondamentaux laisse froid. La satisfaction serait ainsi générale, sauf à dénoncer le voile chez autrui.

Dans cette perspective, les récits de l’Indienne Ambai et de l’Iranienne Zoyâ Pirzâd, toutes deux éditées par Zulma, viennent rappeler que la lutte pour l’égalité des sexes ne se cantonne pas à une posture mentale confortable où l’on défend sa condition sans péril lors d’un dîner un peu animé.

Même s’il serait abusif de réduire leurs œuvres respectives à une littérature de combat, toutes deux témoignent d’un regard de femme dans des environnements culturels où le féminisme est tout sauf un luxe, plutôt un danger. Dans ses quatre longues nouvelles, Ambai aborde la question de la façon la plus frontale. Si les références aux mythes tamouls débordent un peu le lecteur occidental dans La forêt, ses trois autres récits donnent à entendre, dans une langue colorée, la difficulté et le courage que requiert la défense d’une intégrité féminine (mais aussi artistique, conjugale…) dans des sociétés où la domination masculine va encore de soi.

Plus discrète que sa consœur, plus attentive aussi à la question du temps qui passe et estompe les possibles, l’Iranienne Zoyâ Pirzâd joue de stratégies détournées et laisse infuser les impressions ténues du quotidien, autant de traces d’un combat imperceptible contre la résignation. Ces deux approches littéraires consistantes rappellent que l’écriture n’est pas qu’un passe-temps d’esthètes ou le moyen d’un scénario efficace. Manifestation d’une conscience, la prose se rebelle parfois avec modestie mais détermination. Une belle leçon pour toutes celles et ceux qui seraient tentés de baisser les bras.

Créé: 24.03.2015, 10h55

A lire

De haute lutte
Ambai
Ed. Zulma, 224 p.

Comme tous les après-midi
Zoyâ Pirzâd
Ed. Zulma (poche), 144 p.

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