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Il a mis les voiles en quête de reconquête

Dernier classé du Vendée Globe cette année, vainqueur de lui-même, Sébastien Destremau se raconte.

Sébastien Destremau, 52 ans, prêt à de nouveaux challenges après «son» Vendée Globe.
Sébastien Destremau, 52 ans, prêt à de nouveaux challenges après «son» Vendée Globe.
Jean-Marie Liot

Le skipper Sébastien Destremau ne voit aucune ironie à publier le récit de son Vendée Globe, quand bien même il a bouclé les 52'000 kilomètres en bon dernier, 50 jours après le vainqueur. «Je n’avais pas réalisé que mon aventure avait intéressé.» Si ce quinquagénaire avait ému, il lui fallait raconter comment ne pas mettre ses rêves au placard.

«Je dis que je n’ai pas couru le Vendée Globe tout seul. J’étais avec moi-même. J’ai des souvenirs nets où je me dédouble.»

Depuis une enfance cabossée de solitude, le marin de Toulon a pris l’habitude de se dissocier de lui-même. Comme pour mettre à distance les coups de ceinture paternels et le fracas du monde. «C’est pour ça que je dis que je n’ai pas couru le Vendée Globe tout seul. J’étais avec moi-même. J’ai des souvenirs nets où je me dédouble. Il fait nuit noire, un vent de merde, la peur des vagues, la trouille de se lever… et l’autre Sébastien sort, prend le cordage, vérifie la voile. Cette faculté de «se regarder faire», je l’ai depuis tout petit. Désormais je la cultive.» Il soupire, semble interroger le ciel. «Je ne pense pas arriver un jour à réconcilier tous les Sébastien en un.»

Loin du récit de course, Seul au monde expose Destremau qui régate avec Sébastien. Etrange mise en abyme qui brasse les lâchetés ordinaires, les infinies tristesses et «la nécessaire reconquête». Comme un moine qui part en retraite, il quitte le port en novembre 2016, «sans alcool, sans cigarettes, ni musique ou livres». Et même sans chaussures. Il fera la course en tongs. L’oubli cache-t-il un acte manqué? «Disons qu’au dernier moment, je me demande vraiment si ce Vendée Globe, c’est une bonne idée, je cherche une raison légitime pour me défiler.»

«Je pars comme pour un suicide»

Un budget de 500'000 francs, là où les champions alignent des millions, des compétences «clairement minimalistes face au challenge», un monocoque vieux de 18 ans, qui ne satisfait pas aux normes. «Je pars comme pour un suicide, le mot n’est pas trop fort. J’en ai été parfois détesté. C’est pour ça aussi que je fais bénir le bateau aux Sables-d’Olonne, que je rédige un testament.»

La gouaille rieuse, l’homme franco de port ne masque pas les travers d’une existence un peu braque. Sébastien Destremau a géré des bars à putes dans le sud de la France, a été coursé par des pirates sur les mers, a été interrogé par le KGB. Pour l’anecdote, il a bourlingué jusqu’à Lausanne, dont sa grand-mère est originaire. «Le Bol d’Or, je connais. Un beau défi, long, difficile. Très frustrant surtout à cause des orages et coups de Trafalgar. On n’est jamais sûr d’avoir fini avant d’être arrivé.»

Forte tête, il s’en accommode. Viré de l’Education nationale pour inconduite, viré de l’équipe olympique de voile pour sa grande gueule, le vagabond des mers, «plus régatier que marin», constate. «Je ne rentre pas dans le moule. Bon, après… je n’y vois rien d’extraordinaire, je n’en tire pas de gloire.»

L'amour de la liberté

Cette vie de baroudeur se double aussi d’un amour pour la liberté qui touche à l’égoïsme. Le voir plaquer femme et enfants pour filer en Australie. Pourtant, écrit-il souvent, «ce n’est pas si simple». Durant les 124 jours de son odyssée, le solitaire a eu le temps de ruminer. «Mes enfants me reprochent encore à ce jour d’être parti. D’autant que leur mère est morte, qu’ils auraient l’impression de trahir sa mémoire. Mais deux à trois fois par an, je frappe à leur porte.» Sans grand succès.

Pour sa part, il a «à peu près» pardonné à son propre paternel, «ce bloc de pierre à l’incroyable générosité». Un homme dont il décrit la violence et la dureté, aux mots qui cinglent par leur mépris, aux baffes qui tannent le cuir. «Mon père qui sans aucun doute, me traitait plus mal que mes frères, était pourtant quelqu’un de bon, qui nous avait beaucoup donné. Mais c’était un type pas juste. J’en ai conçu une haine viscérale de l’injustice.» Dans Seul au monde, il souligne ainsi la grandeur des héros du Vendée Globe. «Si Armel Le Cléac’h (ndlr: le vainqueur) avait navigué avec mon bateau, il aurait fini devant moi.»

«Supporté l’insupportable»

Durant sa bagarre avec trois océans, il a souvent «supporté l’insupportable, réparé sans mécanicien, navigué avec des côtes cassées, sans avoir assez à manger». Mais le pire pour l’éternel impatient, c’est une manœuvre tout ordinaire. «Démarrer le bateau sans démarreur, durant cent jours, tous les jours. La procédure prenait de 1 h 30 à 9 h, c’était hallucinant! Du coup, ça permet de relativiser vachement. Au quotidien, on s’embête trop facilement avec des bêtises.»

Sébastien Destremau se dit prêt à rempiler sur Vendée Globe pour la prochaine édition en 2020. «Pour voir si je peux faire mieux. Et je ne parle pas du classement.»

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