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«Je suis un moine comme les autres»

Matthieu Ricard, fils de l’intelligentsia parisienne, moine bouddhiste, se révèle photographe dans «Un demi-siècle dans l’Himalaya».

Le pic du Jitchou Draké (6989 m) se reflète dans le lac sophou, à deux heures de marche du camp de base.
Le pic du Jitchou Draké (6989 m) se reflète dans le lac sophou, à deux heures de marche du camp de base.
MATTHIEU RICARD

Immunisé par une sérénité légère, Matthieu Ricard s’amuse. Le Parisien publie ses clichés en artiste accompli. «Péché d’orgueil? Il n’y a pas de joie dans la vanité. Je ne vais pas faire semblant de me désintéresser de ce travail. Sans me faire mousser, après un demi-siècle dans l’Himalaya, je commence à être mieux. Je voulais offrir cet état en partage.» Ses images retracent l’initiation de ce fils de l’intelligentsia bourgeoise à la sagesse des lamas. «Ces maîtres, rencontrés à 26 ans, ont éclairé mon chemin. A la dure d’abord, 7 ans sans chauffage, toilettes, confort. Bon, je n’ai jamais possédé de terres, de maison ou de voiture. Attention, je n’en conçois pas de traumatisme. De la gratitude plutôt. Depuis 17 ans, je peux mettre en œuvre des projets humanitaires, au service de 300'000 personnes désormais.»

Son parcours singulier illumine des images somptueuses d’esthétisme organique et d’humanité sensible. «Cette voie s’est imposée. Jeune homme, je portais un curriculum vitae bariolé de physique, de science quantique, de l’enseignement des érudits, philosophes, etc. Le bouddhisme par son approche empirique des mécanismes de souffrance et de bonheur, m’a invité à un accord. Car il comble le fossé entre apparences et réalité, autorise une remise en question. Au contraire par exemple, d’un texte comme la Genèse: fabriquer le monde en six jours, la science l’indique, c’est du baratin.» Mais d’insister, toujours en quête d’harmonie: «Le cœur, les émotions demeurent identiques au ressenti de Platon.»

«Je suis un moine comme les autres… sauf pour les touristes français!»

Matthieu Ricard compose avec les civilisations, tendu comme un seul homme vers la compréhension des peuples. «Je suis un moine comme les autres… sauf pour les touristes français!» Reste que le citoyen du monde ne se complaît pas dans le détachement. Ainsi de la tragédie des Rohingyas, qui se déroule en ce moment même en Birmanie. Face au «nettoyage ethnique», près de 500'000 Rohingyas fuyant à la nage, en bateau ou à pied depuis un mois, le compagnon du dalaï-lama ne se dérobe pas. «L’armée, les généraux ne s’appuient pas sur le bouddhisme, qui ne trouvera jamais d’excuse au meurtre, qu’il soit commis dans un contexte guerrier ou pas. Ces exactions sont inacceptables, et cela n’est pas négociable. Soldat et bouddhiste, ça ne colle pas. Regardez l’histoire! Cette religion n’a jamais appelé à la croisade, ou poussé à la conversion.»

Et de rappeler la complexité des circonstances historiques. «Aung San Suu Kyi (ndlr: la leader birmane, Prix Nobel de la paix, attaquée par l’opinion internationale, a finalement, fin août, dénoncé «un iceberg de désinformation» sur la situation des Rohingyas) se retrouve dans une position intenable. «Le silence vaut-il le prix du pouvoir?» s’interroge Desmond Tutu. Au-delà, la règle bouddhiste de non-violence est immuable. Y déroger, c’est perdre instantanément l’état monastique.»

Le photographe n’immortalise cette actualité brutale. «Certains m’en veulent de m’en tenir à la beauté. J’aime me relier à ces sourires d’enfants ou de vieillards. D’autant que la misère de la planète diminue depuis cinq siècles. Le déclin de la violence, des conflits, est globalement indéniable. Lisez Steven Pinker (ndlr: docteur en sciences cognitives, «cerveau» au Massachusetts Institute of Technology (MIT), passé à Harvard, adepte de Noam Chomsky), il n’écrit que ça.» Mais l’adversité surgit déjà, gravissime. «Le seul défi, c’est l’environnement, Nous réagissons de manière émotionnelle, au danger immédiat. Nous n’envisageons même pas des actions à moyen terme. Car à Paris ou en Suisse, nous nous portons bien. Pourtant, nous en sommes à la sixième extinction des espèces. Imaginez ce qui nous pend au nez.» A méditer en contemplant la magnificicence de l’Himalaya.

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