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«La Mongolie m’a inoculé grave»

L’Aiglon Pascal Gertsch a ramené des toundras lointaines un somptueux album et un art de vivre.

Pascal Gertsch, médecin aiglon à la retraite, est tombé fou amoureux de la Mongolie.
Pascal Gertsch, médecin aiglon à la retraite, est tombé fou amoureux de la Mongolie.
Pascal Gertsch
«Ma photo préférée, tant de sagesse émane de ce visage sorti d'une toile de Vermeer!»
«Ma photo préférée, tant de sagesse émane de ce visage sorti d'une toile de Vermeer!»
Pascal Gertsch
Pour les fondeurs, Pascal Gertsch lance le Trophée de Gengis Khan dans la région de Dalal, au nord, nommé en hommage au héros national.
Pour les fondeurs, Pascal Gertsch lance le Trophée de Gengis Khan dans la région de Dalal, au nord, nommé en hommage au héros national.
Pascal Gertsch
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Drôle d’oiseau que Pascal Gertsch, hyperactif que la retraite a rendu zen. Pour preuve, le médecin aiglon publie Mongolie mon amour. «J’avais l’idée de partager des itinéraires hors des chemins battus. D’ailleurs, il existe très peu de guides sur la question.» Avec une fantaisie inattendue cohabitent les citations de poètes classiques ou d’illustres explorateurs, et les portraits de bergers burinés, d’enfants chamailleurs. Ce fils de chirurgien se révèle dans une même pagaille de talents, marin pêcheur de morue dans les Lofoten en Norvège, médecin de l’équipe suisse de ski, généraliste aux Ormonts. Et grand bourlingueur… «Mon père embarquait la famille pour les vacances. Nous avons campé dans toute l’Europe, roulé sur les routes reculées de Calabre, vu la Budapest d’après la Révolution hongroise. Puis, toujours en bagnole, la Scandinavie, l’Iran, l’Egypte, le Liban.» Enthousiasmés par les récits du voyageur en Topolino Nicolas Bouvier, les Gertsch «se royaumaient comme peu de gens à l’époque».

Cette expérience lui a tatoué la bougeotte automobile. Alors que son frère suit la voie paternelle et devient chirurgien, Pascal Gertsch opte pour la médecine générale. «Oh, nous n’étions pas obligés. C’est l’enthousiasme de notre père qui a été contagieux. Mais, moi, je me suis évacué dans les montagnes.» Quand sonne la retraite, la fréquentation pendant vingt ans d’étudiants japonais à Leysin lui souffle l’envie de rallier l’Empire du Soleil levant. En chemin, bloqué à Vladivostok, il comprend qu’il lui faudra attendre des semaines un bateau l’acceptant avec sa voiture. Il renonce et rentre par la route. «Et, là, la Mongolie m’a inoculé grave.» Il ne cessera d’y retourner.

Beauté sublime et rude

Depuis 2012, il a couvert plus de 40 000 kilomètres sur ces terres à la beauté sublime et rude. «L’été, je les atteins en une douzaine de jours, en traversant la Sibérie à fond la caisse, 700 à 800 bornes quotidiennes. Bon, l’hiver, c’est trop dangereux, je prends l’avion.» Chaque expédition élargit son périmètre géographique mais aussi mental. «Quand vous roulez des jours pour aller voir un berger, la rencontre prend forcément une dimension autre. Naviguer hors des axes donne une grande séduction à ces retrouvailles. Sans même parler des variations visuelles des cieux mongols. Trois millions d’habitants, soixante millions de bêtes sur de tels espaces… vous ressentez physiquement l’idée de l’espace quand le répondant humain se raréfie ainsi. Car un pays, ce n’est pas le Cervin ou n’importe quel paysage grandiose, ce sont les gens qui y vivent.» Et de sourire. «L’été dernier, je n’ai croisé qu’une moto étrangère en deux mois.»

Au fil de ses périples, ce touriste excentrique, aujourd'hui âgé de 71 ans, mesure les mutations en cours. «Le régime communisme a laissé pas mal d’infrastructures scolaires et médicales, toute une socialisation rudimentaire certes, mais réelle. Et, depuis quelques années, les infrastructures routières s’améliorent de manière sensible. De la frontière de l’extrême ouest, sur 200 km, il n’y avait que 5 à 8% de routes goudronnées en 2012, désormais il y en a 70%.» Ces améliorations s’opèrent dans une logistique incertaine qui voit parfois se construire une même voie en parallèle, une par les Chinois, une par les Mongols. «Ne jamais oublier que les uns et les autres se détestent. Les Mongols respectent les Russes, qui ne les ont jamais envahis et les considèrent comme un Etat satellite depuis 1921.» Les sols regorgent pourtant de minerais, convoités par diverses puissances. «Les Canadiens sont présents, comme les Chinois, les Japonais ou les Coréens. Mais ils n’exercent pas trop de pression.»

«Vous ressentez physiquement l’idée de l’espace quand le répondant humain se raréfie ainsi»

Ce pays, qui se manifeste si peu dans les actualités mondiales, obéit à l’évidence à ses propres lois organiques. La vie et la mort s’y négocient en un instant, les coutumes résistent. «Certains laissent encore leurs défunts à l’air libre, pour que leurs corps rejoignent les éléments. Animisme, bouddhisme, chamanisme, etc., tout cela vit ensemble sans heurts apparents.»

Une autre géopolitique que celle qui boursoufle les zones industrielles hideuses d’Oulan-Bator passionne Pascal Gertsch. «J’ai décidé de ne pas tenir compte de la capitale. Alcoolisme, misère… face à ces fléaux, je déclare mon impuissance.» Par contre, dans les campagnes, ce sportif émérite caresse un projet ambitieux. «Je suis en train de monter une équipe de ski de fond. J’ai déjà amené du matériel, trouvé des candidats décidés. Dans un premier temps, nous lançons le Trophée de Gengis Khan. J’y retourne ces jours. Et puis pourquoi ne pas aller jusqu’aux Jeux olympiques de la jeunesse en 2020, à Lausanne. C’est mon utopie… mais il faut bien rêver, non?»

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