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Monica Sabolo se souvient de la Genève de son enfance et emballe les prix littéraires

Avec «Summer», roman noir au fallacieux parfum de bonbon rose, l’auteur cosmopolite fouille dans de vénéneux souvenirs de famille. De quoi attirer l’attention des jurés du Prix Goncourt.

Monica Sabolo, auteur de «Summer», un thriller intimiste remarqué en cette rentrée littéraire. DR
Monica Sabolo, auteur de «Summer», un thriller intimiste remarqué en cette rentrée littéraire. DR

Espiègle, Monica Sabolo s’amuse au rappel de l’introduction de Summer, qui cadre le Léman genevois avec une sensuelle originalité. Le Jet d’eau «à portée de main, l’eau qui retombe en écume soyeuse, comme de la mousse, du champagne, une gigantesque giclée de sperme». Summer, son cinquième roman, brasse en eau trouble, autant que son précédent, Crans-Montana. La Suisse, pour cette Française d’adoption née à Milan, reste un terrain expérimental privilégié. «Parce que c’est mon enfance, un état fusionnel avec la nature, parce qu’aussi, bien sûr, nous sommes tous marqués par cet âge.»

Fille de diplomate, elle résiste pourtant au folklore attaché à cette profession voyageuse, ses détachements par obligation, ses ports d’attache par fantasme. «Je ne suis pas une Amélie Nothomb, pouffe Monica Sabolo. Ah non! Et d’ailleurs, quand je discute avec des amies, filles d’ambassadeurs et autres, je ne me reconnais pas dans leur tournure d’esprit.» Adepte du lyrisme en chœur antique de Joyce Carol Oates comme de la sauvagerie poétique de Laura Kasischke ou de la cruauté impuissante de Fritz Zorn, cette férue de littérature classique oxygène les références avec une singularité innée.

Summer le prouve, douloureuse confession d’un frère qui vit sa sœur disparaître dans le paysage. Le monologue de Benjamin, 24 ans après le drame, aurait pu s’échouer sur n’importe quel rivage. «J’ai adoré me glisser dans une peau masculine, même si je craignais que ça sonne faux. S’approprier la psyché d’un homme, ses émotions, de la lâcheté à la tristesse, jusqu’à la réconciliation, c’était…» A 36 ans, elle rougit presque de ce rapt, ne veut pas en dire trop d’un thriller qui joue sur les faux-semblants «entre courage héroïque et loyauté indéfectible». Ce poids plume se souvient d’avoir grandi en toute discrétion, dans son coin. «Du genre rêveur et sentimental, maladroite physiquement et mutique. Imaginez celle qui prend des notes pour toutes les filles de la classe, c’est moi.» Elle en garde un sens très sûr de l’observation, du détail qui clashe et se laisse oublier ensuite.

Le lac s’étire avec paresse en cette après-midi d’automne mais sous la surface lisse, la romancière pêche volontiers les monstres. «Avez-vous remarqué que dans une famille, quand une faute est commise, il faut absolument que quelqu’un en porte la responsabilité. Et pas forcément le coupable. Tiens, l’innocence. Il suffit de la nommer pour que cela suggère un sentiment suspect.»

L’élément aquatique fonde le récit, son style fluide, ses apnées en suspension, ses descentes vers les abîmes vertigineux des fautes mortelles. «J’y reviens toujours. Petite, je voulais faire commandant Cousteau! J’ai appris à plonger, je songeais des études de biologie marine en Californie. Bon… la seule possibilité alors, c’était Perpignan. Pas tout à fait mon rêve.» Elle vire vers le journalisme, se retrouve chef de la rubrique culture à Grazia. «Nous avions flingué un roman de David Foenkinos, et pourtant, c’est l’un des écrivains qui m’a le plus encouragée.» A l’évidence, Monica Sabolo suscite la bienveillance. La voilà en lice pour briller dans les prix littéraires. «Le Goncourt, c’est pareil à la Palme d’or à Cannes! Au fond, j’aimerais que le temps s’arrête juste là, maintenant et que je reste sélectionnée pour toujours!»

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