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"Je suis un montreur de choses, pas un donneur de leçons"

Dans «Retour à Cormont», Michel Bühler imagine un fonctionnaire qui revient dans son village natal. L’occasion d’évoquer le racisme, la précarité sociale ou… les éoliennes

Auteur de plus de 200 chansons, Michel Bühler publie avec "Retour à Cormont" son quatrième roman.
Auteur de plus de 200 chansons, Michel Bühler publie avec "Retour à Cormont" son quatrième roman.
ODILE MEYLAN

De temps à autre, Michel Bühler prend la plume pour écrire non pas des chansons, mais des livres. Dans «Retour à Cormont», son quatrième roman paru chez Bernard Campiche, il a créé le joliment nommé Eustache (une trouvaille que le héros doit à son père, pour le différencier des autres Joubert du village), un fonctionnaire vaudois à la retraite qui rentre passer ses vieux jours là où il est né. L’occasion pour Michel Bühler de faire de ce microcosme villageois le théâtre de préoccupations qui lui tiennent à cœur.

La commune que retrouve Eustache n’a plus grand-chose à voir avec ce que le narrateur a connu quarante ans auparavant. Plantée à 1000 mètres sur le balcon du Jura, elle ne s’est jamais relevée de sa destitution de leader mondial dans la fabrication de coucous, au profit des Chinois. Cormont et ses rares bistrots, où le nouveau venu a le choix entre partager un verre avec les «corneilles» pure souche aux propos volontiers xénophobes, ou les cassos qui affluent car les loyers sont plus bas qu’en plaine. Dans le village se trouve aussi un centre de réfugiés, tandis qu’un projet de parc d’éoliennes divise la population.

Modifiez quelques détails, on y reconnaît Sainte-Croix, où l’auteur habite quand il n’est pas à Paris. Début mai, il a pris publiquement position contre les éoliennes prévues entre le Chasseron et le Creux-du-Van, dans une pétition réunissant des signataires de divers bords politiques. Ses combats personnels se retrouvent ainsi dans son roman. Si toute ressemblance de sa fiction avec la réalité n’est pas fortuite, l’auteur vise néanmoins un propos plus universel. «J’ai pris soin de changer les noms des lieux et la dimension de la commune, car je ne veux pas mettre en cause qui que ce soit. Mes personnages sont plutôt des archétypes.»

À Sainte-Croix, il le dit d’ailleurs, grâce à un comité bénévole, la cohabitation avec le centre d’accueil des migrants se passe bien. Alors que, dans le roman, ce sont eux qu’on pointe du doigt lorsque le narrateur découvre un cadavre lors d’une balade en montagne. Michel Bühler donnerait-il dans le roman policier? Pas vraiment. Le macchabée permet plutôt aux villageois friands de raccourcis de cataloguer Joubert comme celui qui a découvert le corps. Une carte de visite plus intrigante que celle d’ancien employé du service cantonal des statistiques mis sur le banc de touche par une nouvelle cheffe arriviste, qui revient sur sa terre natale par manque de choix et de moyens.

L’enquête que déclenche sa macabre découverte ne fait qu’accompagner le récit, comme un fil supplémentaire tissé pour étoffer la complexité du réel. Michel Bühler a d’ailleurs été surpris de découvrir ce cadavre dans son histoire. «Un matin, il était là, et je ne pouvais pas faire autrement que de le garder. Je n’ai trouvé que très tard qui il était.» Bien plus que dans les chansons, où il faut aller à l’essentiel, dans le roman il se laisse porter. «Quand on est en «état d’écriture», il y a des idées qui vous viennent que vous n’auriez pas dans la vie ordinaire.»

Truculentes scènes de bistrot

Ce qui s’est imposé d’emblée, en revanche, c’est l’envie de faire «un portrait du monde d’aujourd’hui, de notre pays à travers le personnage d’Eustache.» À 73 ans, Michel Bühler le dit sans détour: «Je pense que le monde est tellement affligeant que j’ai essayé de traiter le sujet avec un peu d’humour. Je souriais en écrivant, en espérant que le lecteur sourirait aussi.» Et c’est effectivement souvent le cas dans ce récit bien mené. Notamment lors de truculentes scènes de bistrot, où la Fouine interpelle Fusible, tandis que Dodu la ramène aussi.

Ou quand Eustache peste silencieusement contre les idées à courte vue des piliers de bar, sans arriver à trouver la réplique qui tue. Alors il consigne les reparties percutantes qui affluent ensuite, espérant que l’occasion de s’en servir se représentera. «Il souffre de l’esprit d’escalier. En ce sens, c’est un peu mon portrait, j’en suis atteint aussi.» Son héros lui ressemble également, car il préfère observer plutôt que de faire de grands discours. «Je n’ai jamais donné de leçons, je suis plutôt un montreur de choses.»

Sans parvenir à échapper, parfois, à une certaine visée didactique. Quand on le lui fait remarquer, le chanteur et écrivain rit et cite Jean Ferrat. «Il a dit un jour: «Je ne chante pas pour passer le temps.» Pour moi, c’est la même chose, si l’on parle aux gens, ce n’est pas pour ne rien dire.»

«Retour à Cormont»

Michel Bühler

Éd. Bernard Campiche, 222 p.

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