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Le noir nordique lui va si bien

Dès son premier polar, «Les adeptes», Ingar Johnsrud sort du flot des romanciers scandinaves. Interview d’un déjà pro.

Depuis «Millénium», les auteurs scandinaves ont imposé un style. Voir le nouveau venu, Ingar Johnsrud, et «Les adeptes».
Depuis «Millénium», les auteurs scandinaves ont imposé un style. Voir le nouveau venu, Ingar Johnsrud, et «Les adeptes».

L’écriture, Ingar Johnsrud l’a dans les veines. «Déjà au collège, je bossais pour la feuille de chou locale! Avec l’expérience, j’ai compris que le journalisme peut ambitionner de dénoncer les injustices faites aux individus.» Au contraire de nombre de ses compatriotes, la vocation littéraire ne lui a pas été inspirée par les jours sans fin des hivers norvégiens. Même si ce biotope a favorisé une véritable école depuis une dizaine d’années, le noir nordique. Les tempéraments singuliers y grouillent.

«Nouveau Jo Nesbø»

A la quarantaine, reporter aguerri, il mue en romancier comme Stieg Larsson, auteur légendaire de Millénium, et tant d’autres avant lui. Les adeptes, thriller serré sur la disparition d’une mère et de son gamin, lui a collé l’étiquette de «nouveau Jo Nesbø», label vendeur, sinon facile. «Mais c’est un grand honneur d’être plongé dans le même «cubitainer» que des plumes aussi renommées. Comme Nesbø, mes intrigues impliquent Oslo et sa police. Au-delà, la manie de catégoriser les auteurs a le désavantage de mettre en avant les similarités, pas les différences.»

A l’évidence, l’inspecteur Fredrik Beier n’a pas la dureté trash du Harry Hole de Nesbø. Le réalisme ici, cette qualité du roman noir scandinave, prend un tour plus domestique. Comme chez la Suédoise Camilla Läckberg ou Viveca Sten, les soubresauts de la cellule familiale se répercutent sur l’enquête. A la différence des investigations d’Erica Falck, qui mélangent indices et biberons, Les adeptes avance un solide background géopolitique. «J’ai commencé à rédiger en 2011, alors que le Printemps arabe bourgeonnait dans une ambiance très euphorique quant à l’avenir du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Sans me prétendre prophète, je soupçonnais déjà notre manque de vista en Occident pour pleinement comprendre les mécanismes souterrains à l’œuvre, ces forts courants fondamentalistes et religieux.»

Humanisme

Les dossiers traités reflètent la société en miroir, comme déjà chez les «classiques fondateurs» Maj Sjöwall et Per Wahlöö. La visualité de l’écriture prime sur le style. S’il partage ce déjà-vu, ce thriller se distingue aussi par son humanisme. «Je ne cache pas mon admiration pour les géants du genre, Shakespeare, Ibsen ou Hemingway. Ils en reviennent toujours au drame humain.» Ainsi, l’inspecteur Fredrik Beier se présente en bosseur qui claudique dans l’existence, âme et corps fracassés. Sa routine s’affole quand un cas anodin prend des proportions monstrueuses. Secte religieuse et clans politiques se conjuguent sur fond interlope. Déjà infestée par le terrorisme islamique, l’affaire se pollue de manipulations génétiques.

Dans Les adeptes, Ingar Johnsrud ne se laisse pourtant pas piéger par le syndrome du premier roman, quand, par crainte de ne jamais publier un deuxième ouvrage, l’auteur veut «tout» dire. Quant à un autre travers, le cliché si banal du flic tourmenté, Ingar Johnsrud, routard de l’investigation, le revendique. «L’enquêteur cabossé par la vie, ça relève presque du passage obligé. Même si les lecteurs modernes attendent des héros modernes.»

Foison

Les polars scandinaves pullulent désormais, et le Norvégien n’hésite pas à parler de business. «En fait, dans le spectre de la fiction, à un bout, vous avez l’art pur, à l’autre, le pur savoir-faire. Les polars sont plus proches de ce dernier pole, à cause des limites strictes du genre, de ses conventions. Un roman policier commence par un crime et s’achève quand justice est rendue pour restaurer l’équilibre du monde.» Loin de la photo rétro de l’écrivain tapotant sur sa machine une clope à la main, un verre de rouge tachant les feuillets qui s’entassent, Ingar Johnsrud envisage sa nouvelle carrière comme une profession sérieuse. «J’ai bossé dur pour ce succès, j’en suis fier et reconnaissant envers mon éditeur.»

Comme beaucoup désormais, il entretient un blog, jusqu’à y encourager les critiques. «Je suis fan de conversation, et il y a pas mal de gens sympas là-dehors. Mais je garde le contrôle. Comme si je parlais avec un menuisier de charpente. Lui et moi discutons avec plaisir, mais, au moment de scier une planche, le pro s’en tient à son expérience.» Johnsrud aime les images artisanales. «Ecrire, c’est peindre. Sauf qu’un roman, c’est une toile, tandis qu’un article de journal, c’est un mur.»

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