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Olivier Beetschen tisse la légende et le réel dans «L’Oracle des loups»

L’écrivain genevois publie un roman policier dans lequel fait irruption le fantastique.

Pour écrire son livre, le deuxième d’une trilogie, l’auteur s’est immergé dans le travail de la police fribourgeoise.
Pour écrire son livre, le deuxième d’une trilogie, l’auteur s’est immergé dans le travail de la police fribourgeoise.
ENRICO GASTALDELLO

Il y a trois ans, il publiait «La Dame rousse» et annonçait une trilogie. Avec «L’Oracle des loups», Olivier Beetschen tient promesse et nous offre le deuxième volet de son projet littéraire. Le troisième «est déjà dans sa tête». Aujourd’hui à la retraite, ce professeur de français au collège de Saussure vit à Bernex, dans l’une des premières coopératives d’habitation du canton, et intègre son petit atelier carougeois pour écrire, «immuablement, comme un rituel, de 14 à 18 heures, tous les jours».

Pour nourrir «L’Oracle des loups», qui dévide son intrigue dans la basse ville de Fribourg et sur les pentes du Jaun, l’auteur genevois né à Lausanne est retourné sur ses pas de jeune homme, là où il a fait ses études de littérature française et allemande. Il a dévalé mille fois les escaliers qui descendent au bord de la Sarine, pisté ses personnages dans ces bistrots prisés que sont le Port de Fribourg, le Belvédère ou le café de l’Ange. Il a «infiltré» la Sûreté fribourgeoise pour comprendre les rouages du trafic de drogue et du blanchiment d’argent, devenant l’ami d’un vieux briscard de la lutte contre le crime organisé, l'inspecteur Verdon.

Résultat, un polar rythmé, solidement construit, élégamment écrit, mais plus encore. Passionné d’histoire et de légendes anciennes, Olivier Beetschen fait souffler sur «L’Oracle des loups» le vent du fantastique. Il tresse étroitement le réel et le surnaturel dans un récit qui prend, du coup, des teintes violentes, sauvages et païennes.

Il était question d’une légende dans «La Dame rousse». C’est aussi le cas dans «L’Oracle des loups». D’où vous vient cet appétit pour les récits populaires?

J’aime les récits qui nous consolent de la perte d’un être cher. Je suis fasciné par les croyances nordiques, millénaires et païennes qui s’agrègent à des légendes médiévales. Je me suis inspiré ici très librement du «Tilleul de Morat», qui raconte ceci: à l’issue de la bataille de Morat, en 1476, un coureur a apporté à Fribourg une branche de tilleul pour annoncer la victoire des Confédérés contre les troupes de Charles le Téméraire. L’homme est mort d’épuisement et, comme par magie, un tilleul a poussé là où la branche était tombée. Or le tilleul est l’arbre de Freya, l’une des déesses les plus importantes du panthéon germanique et nordique. Il est le symbole de la vérité.

Et tous vos personnages sont à la recherche de la vérité. Il est aussi question de loyauté – entre deux frères, d’un fils à son père, d’une fille à son père. Une valeur importante?

Ce n’est pas tellement dans l’air du temps, mais oui, la loyauté compte beaucoup pour moi. Comme la fidélité, du reste. Je les pratique au sein de ma famille, dans la communauté où je vis, parmi mes amis et mes fréquentations littéraires.

Le récit que vous faites de la bataille de Morat est très documenté. Vous avez effectué beaucoup de recherches pour ce roman?

Oui. J’ai fait un gros travail auprès de la Sûreté de Fribourg. Je devais y passer une heure, j’y suis resté un jour entier, puis l’inspecteur Jean-Pascal Verdon et moi sommes devenus amis. Nos discussions ont été innombrables. Il est une légende dans la police fribourgeoise. Il a résolu un nombre incalculable d’affaires criminelles. De plus, il m’a aiguillé vers le commissaire Michel Genoud qui a démantelé la French Connection, aux Paccots. Verdon est devenu un personnage de «L’Oracle des loups». Je me suis aussi beaucoup documenté sur la bataille de Morat. Et, auprès des Services industriels fribourgeois, sur le barrage de la Maigrauge dont je voulais comprendre pleinement le fonctionnement.

La violence de la légende médiévale fait écho, dans le roman, à celle d’aujourd’hui.

La bataille de Morat représente un des sommets de la cruauté au Moyen Âge. À cette brutalité exhibée répond pour moi une violence qui, en Suisse, reste souterraine. Je l’ai découverte en écoutant les policiers fribourgeois parler des réseaux du trafic de drogue et de blanchiment d’argent. Je n’en croyais pas mes oreilles.

Le récit populaire est tissé dans le corps du roman policier. L’inspecteur Šulic parle «d’analyser la légende comme s’il s’agissait de la déposition d’un témoin».

À plusieurs reprises, Šulic pense: cette légende me rappelle quelque chose. Mais il ne sait pas quoi, il n’arrive pas à déchiffrer le message. Il se trompe. Et c’est ainsi qu’il parvient à découvrir la vérité. Comme si c’était la légende qui l’avait choisi, lui.

«L’écriture voit plus loin que nous.» Vous mettez cette phrase dans la bouche d’Edwige, votre héroïne. C’est ce que pense l’écrivain Olivier Beetschen?

Oui. C’est fascinant, inquiétant. Plusieurs auteurs en ont fait l’expérience: ils ont écrit leur destin avant qu’il ne se produise. Je vous avoue que lorsque j’ai fait mourir l’un de mes personnages qui est un peu mon double, j’ai demandé l’autorisation à mes filles de prendre ce risque. Elles m’ont ri au nez. Alors je l’ai assassiné!

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