D’Ormesson se confesse pour mieux s’absoudre

LittératureL’Académicien chéri du petit écran refuse le terme de Mémoires pour les souvenirs qu’il livre au juge suprême, lui-même.

Jean d'Ormesson, 90 ans, se retourne sur son passé.

Jean d'Ormesson, 90 ans, se retourne sur son passé. Image: AP

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Tout le monde l’aime bien, Jean d’Ormesson, intellectuel souriant, roi des mots d’esprit et invité charmant des plateaux télévisés. A l’heure où d’autres publient leurs Mémoires, l’auteur préfère s’intenter un procès pour mieux s’y défendre, faisant défiler ses souvenirs devant le jugement d’un Moi, cet autre lui-même, qui ne manque pas de sévérité et d’expressions vachardes. Rusé renard, le nonagénaire sait ainsi qu’en étant le premier à s’accuser, il s’évite tous les mauvais jugements que son style raffiné pourrait lui valoir au moment d’une nécrologie qui ne fait que se rapprocher.

«Je n’ai vécu que pour ce livre en fait»

Car l’homme cumule ce qui ressemble à des défauts à l’heure du politiquement correct. Issu de lignées aristocratiques, même récentes; considéré de droite pour avoir tenu chronique dans Le Figaro avant de le diriger; futile, mondain et léger pour mieux camoufler son immense érudition; et enfin membre de l’Académie française.

L’écrivain admet les preuves, pire il les glisse lui-même à l’accusation pour mieux les reprendre à son compte et les inscrire dans ces 90 ans d’une existence dont il se demande encore, sans doute au deuxième degré, à quoi elle a bien pu servir. Le titre, emprunté à un poème d’Aragon, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, rappelle combien le deuxième fils d’un grand commis de la République fut toujours charmé par les plaisirs de l’existence.

Eternel enthousiaste

Cet éternel enthousiaste a rencontré tout ce qui compte de l’intelligentsia française et, d’ailleurs, il ne manque pas de le faire savoir, presque à la manière d’un name dropping tant les célébrités se bousculent au fil des pages. Mais il faut se rendre à l’évidence: d’Ormesson a bien été d’une époque, d’une génération, d’une société foisonnante dans laquelle il était normal d’assister à une dispute entre Sartre et Simone de Beauvoir, de suivre les cours d’Althusser, de dîner avec Edith Piaf ou d’accompagner François Mitterrand à ses derniers instants à l’Elysée. En conteur infatigable, l’académicien sait glisser moult anecdotes, connues ou rapportées, comme autant de témoignages à décharge ou de signes de sa passion pour l’Histoire à laquelle il s’émerveille de participer.

Opportuniste dans le meilleur sens du terme

Voici donc un récit plaisant et pas complaisant d’un monsieur au charme toujours efficace, davantage passionné de livres que d’études, opportuniste dans le meilleur sens du terme puisqu’il a su saisir les occasions qui passaient, de la Sorbonne à Gallimard, de l’Unesco à l’Académie. On s’y rappelle l’enlèvement amoureux de sa cousine par alliance, qu’il abandonna ensuite. On entend sa culpabilité d’avoir été si méchant dans les dernières années avec ce père qu’il adorait. On y croise brièvement l’hypothèse de Dieu avant l’ultime rencontre imaginée. On se demande encore si cette «indifférence» affichée était le jeu d’un pleutre en politique ou la vérité d’un esprit qui a su toujours rester ouvert et refuser les chapelles. On sent enfin le souffle de la gravité qui menace l’élégante légèreté de D’Ormesson, sa protection contre un monde qui, finalement, le dépasse peut-être un peu.

Il avouait d’ailleurs à RTL: «Je n’ai vécu que pour ce livre en fait. J’ai fait d’autres choses, mais j’ai vécu pour ce livre. Je travaille à ce livre depuis quatre ans. Je l’ai commencé avant d’être malade, je l’ai poursuivi lentement à l’hôpital et je l’ai fini dans les deux dernières années (…) C’est bien une vie qui est dans ce livre, ma vie.» Elle fut bien remplie. (24 heures)

Créé: 12.01.2016, 09h59

Le livre

«Je dirai malgré tout que cette vie fut belle»

Jean d’Ormesson

Ed. Gallimard. 452 p.

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