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Le président Foenkinos vient en roue libre à Morges

Romancier, cinéaste, et fou de littérature, l’artiste a pour la première fois carte blanche à Livre sur les Quais à Morges ce week-end. Interview.

David Foenkinos dit apprécier la solitude de l'écrivain tout autant que les fiévreux moments de rencontre avec ses lecteurs.
David Foenkinos dit apprécier la solitude de l'écrivain tout autant que les fiévreux moments de rencontre avec ses lecteurs.
GETTY IMAGES

D’autres rentrées que la traditionnelle grand-messe littéraire lui prennent la tête désormais: les enfants, l’école, les gardes. Au téléphone, ce dernier dimanche de vacances, David Foenkinos s’avoue même soulagé d’être hors jeu pour la course aux prix. Le président d’honneur du 9e Livre sur les quais de Morges pourrait se sentir esseulé, inquiet, déprimé de ne pas participer à la guérilla d’automne, lui qui ces jours ne sort aucun nouveau roman. «Pourtant, je n’en conçois aucun regret. Ces rentrées littéraires sont derrière moi. J’en ai connu des décevantes, où j’étais ignoré de tous. Avec mes camarades, nous passions tout l’été dans l’anxiété, à attendre des bonnes nouvelles des critiques. Je ne me sens plus obligé de vivre ces angoisses!»

En effet, Foenkinos n’a plus rien à prouver sur ce terrain. Ainsi, les lauriers, même tardifs, ont fini par saluer l’auteur de «La délicatesse», à la popularité croissante depuis près de deux décennies. «En 2014, plus que le prix Renaudot, plus que le Goncourt des Lycéens pour «Charlotte», le moment le plus lumineux, ce fut le Prix des libraires. Sans leur soutien, qui aurait cru à mon histoire de peintre oubliée, disparue à Auschwitz, écrite en vers!» Il s’écoulera 450'000 exemplaires de ce 14e roman.

«Les jurés des Goncourt etc. sont quelquefois étonnants. S’ils couronnaient un outsider, j’adorerais que ce soit «Le lambeau», de Philippe Lançon»

Qui sait quand il sortira son prochain roman. Et le champion des best-sellers de soupirer: «Cette saison peut être cruelle avec les auteurs, tant de romans sortent, les gens n’ont parfois juste pas le temps de comprendre une démarche atypique». Avec une lucidité sereine, le Parisien n’entretient pas d’espoir caché. «Un prix inattendu pour «Vers la beauté» sorti au printemps, comme le Goncourt de l’an dernier décerné à Eric Vuillard pour «L’ordre du jour» (NDLR. Paru en mai chez Actes Sud, le roman avait déjoué les pronostics)? Honnêtement, je n’y crois pas.» Un ange passe. «Mais les jurés des Goncourt etc. sont quelquefois étonnants. S’ils couronnaient un outsider, j’adorerais que ce soit «Le lambeau», de Philippe Lançon (NDLR. Phénomène depuis sa sortie en avril, 12 réimpressions et plus de 100'000 exemplaires vendus). Un bouquin magnifique, étourdissant.»

Causer «petite cuisine» avec David Foenkinos passionne, tant l’enthousiasme du romancier, cinéaste, scénariste et même jazzman reste sincère, contagieux. «Les salons du livre, d’habitude, je les fréquente pour comprendre comment mes livres sont reçus, pas comme président. Après le travail solitaire d’écriture, je suis curieux de l’avis des gens. Avec aussi ce plaisir collectif de partager avec d’autres auteurs.» Lui qui a pour la première fois carte blanche à Morges, n’a jamais cherché la compagnie de ses idoles. «Tiens, le magazine Vanity Fair m’a demandé de brosser le portrait d’Isabelle Adjani. Sans cette commande, je n’aurais jamais songé à la rencontrer. Tellement j’avais peur de ne pas être à la hauteur!» Avec une talentueuse patience, lui qui se définit «écrivain avant tout» aboutit à une classieuse formule pour justifier les lapins posés par la diva: «Une star, c’est peut-être ça, écrit-il dans le numéro de septembre. Elle est comme en avance sur son apparition. Isabelle Adjani envoie des messages d’excuses remplis de grâce et d’émoticônes.» De la délicatesse «foenkinosienne» toute crachée. Dans ses films avec son frère Stéphane, il a souvent réussi à trouver la connivence d’actrices réputées «compliquées», Audrey Tautou ou Karin Viard.

«J’ai pu rencontrer Milan Kundera, mon maître absolu. Je garde comme un trésor ses dessins dédicacés avec une totale bienveillance»

Ce n’est pas un hasard si ces muses lisent le même livre, «Oblomov», d’Ivan Gontcharov, l’une dans «Jalouse», à revoir ce week-end à Morges, l’autre dans «La délicatesse». «Un dandy de la paresse, du spleen, une marotte. J’ai pu rencontrer Milan Kundera, mon maître absolu. Je garde comme un trésor ses dessins dédicacés avec une totale bienveillance.» Du coq à l’âne, il lance: «Je rêve de discuter avec Michel Houellebecq un jour. Mais ses proches le disent si introverti, versatile.» La réunion de l’intello cynique et du gentleman fleur bleue ne produirait-elle pas des étincelles? «A vrai dire, en grands forcenés de la mélancolie noire, sûr que nous pourrions nous entendre. Je n’admire pas forcément ce qui me ressemble. Je me laisse volontiers «pousser à réfléchir».»

Sans réécrire le roman de sa vie, l’artiste confie n’avoir jamais oublié le baume puissant de la littérature quand à 16 ans, flirtant avec la mort, les auteurs vinrent à son chevet d’hôpital. «C’est là que j’ai découvert les classiques. Il n’y avait pas de portable, que des émissions télé le soir. Ma mère m’a apporté «Martin Eden», de Jack London, les poèmes d’Aragon, Dostoïevski. Ces auteurs russes, un choc majeur! «L’idiot» me donnait la fièvre, j’étais transporté par la passion des personnages. J’aurais pu mettre en exergue de mon dernier roman sa phrase culte: «La beauté sauvera le monde.» Un truc religieux!» Et d’effeuiller la bibliothèque idéale, celle qu’il aimerait donner envie de lire aux jeunes générations: «La folie narrative des «Possédés», la drôlerie désespérée, amoureuse, de «Belle du Seigneur». Ah, et «Un homme» de Philippe Roth. Rarement de la sexualité à la mort, un texte n’aura-t-il été porté par une telle pureté de la compréhension de la vie.»

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Morges, 9e Livre sur les quais

De vendredi 31 août à dimanche 2 sept. Divers lieux. Programme complet: www.lelivresurlesquais.ch

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