Quentin Mouron entre coke et dandy sadique

LittératureDans son nouveau roman, un polar, l’auteur vaudois met en scène un misanthrope.

A 25?ans, le Vaudois a quatre romans à son actif.

A 25?ans, le Vaudois a quatre romans à son actif. Image: Pascal Frautschi (archives)

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On attendait beaucoup du dernier roman de Quentin Mouron, Trois gouttes de sang et un nuage de coke. En effet, du haut de ses 25 ans, le Lausannois a déjà quatre romans à son actif, dont le dernier paraît le 3 juin chez l’éditeur parisien La Grande Ourse. Récemment, le magazine littéraire français Livres Hebdo présentait carrément le jeune auteur comme «le nouveau phénomène suisse», citant au passage le Genevois Joël Dicker.

Or, dans Trois gouttes de sang et un nuage de coke, Quentin Mouron perd les qualités qui le distinguaient dans son dernier roman – l’excellent La combustion humaine: fini l’humour mordant et le regard acéré et juste sur les petites manies de nos contemporains. Placée dans une banlieue de Boston, l’intrigue repose sur le meurtre du vieux Jimmy Henderson, dont le corps horriblement mutilé est retrouvé dans son pick-up. Un dandy aussi misanthrope que cocaïnomane et un policier effrayé par sa propre banalité mènent l’enquête, chacun de leur côté. Dans son thriller, l’auteur distille bien un peu de satire sociale et de narration hallucinée, mais la mayonnaise ne prend pas.

L’auteur, qui nous explique avoir choisi la forme du polar en raison du «plaisir de lecture supérieur» que procure ce genre, grâce notamment au suspense, a répondu, bon joueur, à notre scepticisme avec panache.

Pourquoi placer l’histoire aux Etats-Unis? On ne sniffe pas de cocaïne en Suisse romande?

Si bien sûr, mais après avoir situé mon dernier livre à Genève, j’ai eu envie de proposer quelque chose de plus éloigné. Il me semble que les Européens, abreuvés que nous sommes aux séries américaines, apprécient les histoires qui se déroulent aux Etats-Unis. Par ailleurs, je suis également Canadien et je connais bien Boston pour y être souvent allé.

Votre Franck rappelle le Dorian Gray d’Oscar Wilde par sa misanthropie et Sade par son vocabulaire fleuri – par exemple le mot «gamahucher». Un antihéros dans une société décadente, est-ce encore subversif?

Le but n’est pas de faire dans la provocation, mais de placer mon héros dans des situations existentielles. Le regard de ce personnage sur la société me permet d’explorer des thèmes qui me sont chers, comme le masque que l’on porte ou encore la solitude.

De qui vous êtes-vous inspiré pour ce personnage drogué et misanthrope?

De personne en particulier, bien qu’il est vrai que je retrouve quelques morceaux de moi-même dans ce personnage. Mais pour écrire, je suis sain et carbure au thé vert. Deux verres de vin suffisent à ruiner mon écriture…

Franck est quelqu’un qui a un avis tranché sur les choses. Il semble juger constamment les gens qu’il rencontre, mais en fait tout le monde juge les autres. La différence, c’est que lui ne cherche pas à dissimuler son antipathie, il s’autorise tout.

On n’accède jamais aux univers mentaux des rares personnages féminins du roman. Vous glisser dans la tête d’une femme vous paraît trop difficile?

Pas particulièrement, je pense avoir plus en commun avec une femme de 25 ans qu’avec un homme de 65… Comme l’histoire met en scène principalement des hommes, la narration est assumée, en focalisation interne, par un regard plus masculin. C’est un hasard qu’il y ait peu de femmes. Bon d’accord, peut-être qu’un psychiatre ne serait pas d’accord avec ma définition du «hasard» et y trouverait sans doute une raison, une peur cachée…


«Trois gouttes de sang et un nuage de coke», Quentin Mouron, Ed. La Grande Ourse, 221 p.

Créé: 02.06.2015, 19h23

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