Dans sa quête singulière, Pajak rattrape l’affreux Gobineau

Littérature dessinéeLe tome IV du «Manifeste incertain» poursuit le zigzag cher à l’auteur entre textes et dessins, sa vie et l’histoire des idées.

Autoportrait de Frédéric Pajak, tiré de «Manifeste incertain», tome IV.

Autoportrait de Frédéric Pajak, tiré de «Manifeste incertain», tome IV.

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Autrefois étoile souterraine et artisan rebelle de la presse satirique, Frédéric Pajak est devenu un astre remarqué de l’édition. Il édite, écrit et dessine. Et la gloire de le faucher à l’orée de la soixantaine: le tome III du Manifeste incertain a gobé et le Médicis Essai 2014 et le Prix suisse de littérature 2015. Voici le Franco-Suisse dans la position de l’auteur attendu. Et, forcément, il ne déçoit pas. Car il sait suivre le fil de son regard sur la vie, construit patiemment d’errances et de tâtonnements.

Pajak adore se mesurer au monde. Il écrit sur lui, mais sans lasser, enchevêtrant habilement au récit de ses digressions personnelles le résultat de lectures boulimiques et choisies. Il possède des compagnons éternels, tel Nietzsche, et fraie avec toute une racaille de l’histoire de la pensée, Ezra Pound et cette fois Arthur Gobineau, dont il souligne le pessimisme absolu. Il les traque dans leurs méandres réactionnaires, cible leurs doutes. De Gobineau, l’auteur de L’essai sur l’inégalité des races humaines, il cite cette phrase jubilatoire: «J’ai tâché de répudier l’idée vraie ou fausse de supériorité sur les peuples que j’étudiais.»

Pajak se baigne dans le noir. Noirs sont les dessins qui séquencent ses textes, les rythment selon une recette qui n’appartient qu’à lui. L’ombre est leur soleil. Et lorsqu’il prend un «traîne-couillons» de 2500 personnes, entendez un de ces énormes bateaux de croisière, pour se rendre à Buenos Aires, il le mentionne mais n’en fait pas son sujet, profitant de ce temps hors temps pour lire dans une cabine dont il loue le confort.

Pajak poétise quand ça lui chante. Ou dégoise sur la malbouffe. Son esprit fuse lorsqu’il se met à réfléchir. Lucide devant l’effroi des mots qui ne veulent plus rien dire. Pertinent devant les vomissures télévisuelles.

Il y a une méthode Pajak, singulière, didactique et imprévisible. Elle nous conduit encore une fois à Turin, pour nous donner le spectacle de l’effondrement d’une vie dans la plus amère des solitudes. Car Gobineau, comme Nietzsche et Pavese, s’y est fracassé. (24 heures)

Créé: 28.10.2015, 09h35

A lire

«Manifeste incertain» (4)

Frédéric Pajak

Les Editions Noir sur Blanc, 220 p.

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