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À la recherche des truites perdues

Le roman de l'auteur lausannois Antonio Albanese nous entraîne dans un road trip dans le Montana qui questionne l'identité.

Antonio Albanese est le dernier de cette édition du Prix des lecteurs de la ville de Lausanne à rencontrer le public, samedi 7 mars.
Antonio Albanese est le dernier de cette édition du Prix des lecteurs de la ville de Lausanne à rencontrer le public, samedi 7 mars.
SÉBASTIEN AGNETTI

Mais qu’est-il arrivé aux truites arc-en-ciel? Dans le roman d’Antonio Albanese retenu pour le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne, elles désertent tout un État américain. L’historien de l’art, musicien et écrivain, rencontrera ce samedi le public pour évoquer «La disparition des arcs-en-ciel dans les rivières du Montana» (L’Âge d’Homme).

Le récit suit le journaliste suisse Ernesto Pirroni, qui se rend sur place pour enquêter, professionnalisme et non-jugement en bandoulière. Son entreprise prend vite un tour improbable et, loin d’apporter des réponses, sert de prétexte à une exploration sociologique de cet État fortement attaché aux valeurs traditionnelles et patriotiques.

Le héros assiste à un rodéo, découvre la «lutte aux cochons» et croise divers personnages hauts en couleur, tel un biologiste paranoïaque, une hippie sur la piste des «familles arc-en-ciel» ou un Indien qui lui inflige une cinglante leçon sur les préjugés.

Une moitié s’inspire de personnages réels, l’autre de la fiction, car l’auteur a d’abord découvert cette région à travers la littérature, avant d’y voyager. La figure la plus reconnaissable reprend celle du capitaine Achab, mais ici le vieux loup de mer narre avec emphase comment son genou s’est brisé sous l’assaut, non pas d’une baleine blanche, mais d’une… carpe albinos.

Le pastiche et l’ironie affleurent souvent. Ainsi Ernesto, désireux d’adopter une mise propre à le fondre dans la masse, se retrouve propulsé dans un raout de motards alors qu’il a sorti stetson et bottes de cow-boy.

Cette enquête farfelue sert surtout à questionner l’identité, et l’appartenance à un lieu. Comme en témoignent les Indiens du Montana parqués dans des réserves, être les premiers sur une terre n’offre aucune garantie d’en jouir librement. Aux nationalistes, l’auteur oppose l’épaisseur des trajectoires individuelles et des métissages. Car, comme son narrateur, Antonio Albanese, né à Lausanne de mère espagnole et de père italien, se dit un «pur produit de la deuxième génération, avec un sentiment d’identité moins ancré dans une seule nation». Il souhaitait ainsi montrer que «la culture peut devenir une patrie davantage que la terre».

À ce titre, l’auteur ne cache pas sa peur de l’impérialisme culturel américain, qu’il a traduite notamment par un travail sur la langue, avec des dialogues volontairement contaminés par des anglicismes. Quant aux truites arc-en-ciel du Montana, elles vont bien, merci.

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Lausanne Palace

Sa 7 mars, 11 h. Entrée libre, inscription à l’adresse prixdeslecteurs@lausanne.chlausanne.ch/prixdeslecteurs

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