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La rentrée littéraire française tient son premier (petit) scandale

«Vivre ensemble», d’Émilie Frèche, calque de trop près la vie d’un notable de la République. Condamné.

Émilie Frèche, jugée trop inspirée par la vie d’autrui, dans «Vivre ensemble».
Émilie Frèche, jugée trop inspirée par la vie d’autrui, dans «Vivre ensemble».
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Depuis «l’invention» de l’autofiction, concept lancé en 1977 par Serge Doubrovsky, les procès en atteinte à la vie privée pullulent en France. Et donnent du boost aux rentrées littéraires. Cet automne, la romancière Émilie Frèche s’y colle avec «Vivre ensemble», qui sort le 22 août. Cette fiction, revendiquée, des relations vengeresses et sanglantes au sein d’une famille recomposée déchirée par la jalousie et les névroses, a été portée en justice. En effet, Séverine Servat de Rugy, épouse du président de l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’État, y juge son intimité bafouée. La plaignante se dit surtout scandalisée par le portrait «monstrueux» du fils qu’elle a engendré avec Jérôme Guedj, actuel compagnon de l’écrivain Émilie Frèche et conseiller départemental socialiste.

Balayant l’ambivalence inhérente à l’autofiction, les protagonistes bataillent encore par voie médiatique. Dans L’Express, celle qui se reconnaît trop dans la mégère «folle», «cinglée» et même «pute» de «Vivre ensemble», se décrit «violée», parle de «harcèlement textuel inacceptable, calomnies avilissantes, d’instrumentalisation nauséabonde». Dans Le Point, son ex Jérôme Guedj lui répond, jugeant le procès «hallucinant».

Fait rare dans le droit français, souvent favorable à la liberté d’expression, alors que Séverine de Rugy demandait l’interdiction de publier, cette journaliste people à la ville a obtenu qu’un encart soit inséré dans l’ouvrage, précisant l’«atteinte répétée à l’intimité de sa vie privée». Dans le texte, «Vivre ensemble» déballe les tombereaux de linge sale des amants désunis. Choquée par les attentats terroristes à Paris en 2015, Déborah, flanquée de son fils Léo, emménage avec son amant divorcé, Pierre, pourvu lui d’un rejeton réticent, le bipolaire Salomon. La guérilla domestique crépite sur le front haineux des gardes alternées, du fossé religieux, culturel. Émilie Frèche en rajoute dans l’acrimonie, brasse l’intolérance entre juifs et musulmans, le militantisme citoyen dans les camps de réfugiés à Calais, les remugles de psychanalyse freudienne, etc.

Rien de très original dans cet exposé des casseroles cabossées de la nature humaine. La scénariste du réel s’inscrit à la suite de Christine Angot, Justine Lévy, PPDA ou Camille Laurens, eux aussi piégés par l’autofiction happée par la justice. L’auteur n’en possède pourtant pas la vigueur incisive.

En exergue, Émilie Frèche, 42 ans, cite «Le lambeau», magistrales confessions de Philippe Lançon, best-seller, à juste titre, de l’été. Mais lourd d’aigreur stéréotypée et de fureur brouillonne, le partage de son expérience, au-delà de son décalque factuel, n’emporte jamais vers la dignité miraculeuse de ce sommet.

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