Le passé révèle son lot d’innovations inspirantes

ScienceUne plate-forme en ligne et un livre réunissent des inventions énergétiques prêtes à renaître.

1875: le Français Huret invente le Cynosphère, tricycle actionné par la force motrice de deux chiens. Les Américains achètent, les Européens doutent.

1875: le Français Huret invente le Cynosphère, tricycle actionné par la force motrice de deux chiens. Les Américains achètent, les Européens doutent. Image: RÉTROFUTUR/ÉD. BUCHET & CHASTEL

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Exhumer du passé des inventions énergétiques: qu’elles soient visionnaires, astucieuses ou inspirantes, ces dernières nourrissent la réflexion de passionnés d’aujourd’hui. Comme Cédric Carles et son équipe qui ont lancé le projet du site paleo-energetique.org dans la foulée de la COP21 de Paris en 2015. Avec l’idée de profiter de l’hyperconnectivité du monde du web et de l’énergie collective pour inviter tout un chacun à dénicher une invention. Sur la centaine de propositions mises en ligne sur le site internet, une soixantaine d’entre elles ont été réunies dans un ouvrage, «Rétrofutur», couvrant une période allant de 1780 à 1993.

À l’heure où l’impact du réchauffement climatique exige de repenser totalement notre façon de vivre, la planète est aussi confrontée à une crise énergétique sans précédent. Et si c’était justement dans ces inventions laissées au bord de la route que se trouve le terreau d’où pourraient éclore les solutions de demain? Le chercheur designer franco-suisse Cédric Carles en est convaincu. Baigné dans les questions d’innovations énergétiques depuis 20 ans – il a fondé à Lausanne l’Atelier21, structure pluridisciplinaire spécialisée dans l’écoconception – il a constaté qu’il manquait un ouvrage de référence en la matière. «Nous n’avons pas imposé de critères», relève-t-il. Certaines innovations font par exemple appel à l’imaginaire collectif ou à des écrivains visionnaires, à l’instar d’Émile Zola. Dans «Travail», ce roman d’anticipation sur le progrès social publié en 1901, le héros de l’écrivain pense déjà que l’énergie de l’eau et du soleil seront susceptibles d’émanciper l’humanité dans un avenir proche.

Si certaines inventions ont perduré et évolué, comme la pile à combustible à hydrogène, développée en 1838 par William Robert Grove, avocat du Pays de Galles passionné par la chimie, d’autres ont disparu. Tels les gazogènes, apparus vers 1920: un dispositif visant à produire avec la biomasse un «gaz du pauvre» pour alimenter des véhicules. Il est progressivement tombé dans l’oubli et discrédité car énormément utilisé pendant l’Occupation. «Les périodes de crises énergétiques arrivent généralement par cycle, influencées par les guerres et les fluctuations du prix du pétrole, explique Cédric Carles. Cela impacte directement la durée de vie des innovations.» Plusieurs autres facteurs entrent en jeu: le manque de financement, des inventeurs du type Professeur Tournesol peu armés pour vendre leurs prototypes ou encore la pression des groupes industriels qui voient d’un mauvais œil des solutions rendant l’énergie gratuite ou décentralisée.

Comme les brevets tombent dans le domaine public après 25 ans, nombre d’anciennes découvertes n’attendent qu’à être repensées et travaillées avec un regard neuf. L’ingénieur lausannois André Rosselet s’y est attelé (lire ci-dessous) de même que Cédric Carles et ses équipes. Ces derniers ont décidé de réutiliser l’ancien brevet de Karl Kordesch, l’un des inventeurs de la pile alcaline rechargeable lancée en 1980 et de créer leur propre prototype. RegenBox est un régénérateur de piles, dites à usage unique. Proposé en open source, il veut être aussi un programme de recherche participatif testé dans différentes universités. «Nous devons convaincre le public qu’une pile peut être rechargée. Beaucoup n’y croient pas, observe Cédric Carles. Ce projet peut avoir un impact énorme dans certains pays d’Afrique où les piles finissent dans les rivières et les polluent. Ce genre de démarche témoigne qu’avec des moyens simples on est capable de lutter contre l’obsolescence programmée.»


Un Lausannois exhume un savoir-faire de 1869

André Rosselet est un chercheur paléo-énergétique avant l’heure. C’est lui qui a exhumé l’invention de la thermopile que son concepteur, Charles Clamond, avait lancée en 1869: la première pile d’usage industriel capable de convertir l’énergie thermique en énergie électrique. On la retrouve dans l’ouvrage «Rétrofutur» et sur la plate-forme en ligne. Cet ingénieur à la retraite, ancien employé d’un laboratoire de géophysique de l’Université de Lausanne, s’est impliqué depuis les années 70 à promouvoir les énergies renouvelables de type solaire, thermique, hydraulique ou encore éolien. «À l’époque, on nous riait au nez quand on parlait de panneaux photovoltaïques», se souvient-il. C’est à Lausanne, dans le cadre de l’Association pour le développement des énergies renouvelables (ADER) qu’André Rosselet a planché sur la pile Clamond, utilisant sa technologie pour construire un fourneau à bois thermoélectrique, qui avec des moyens très simples – des semi-conducteurs chauffés puis refroidis avec de l’eau – permet de produire du courant, de l’eau chaude et de chauffer une petite habitation de manière ponctuelle. L’ingénieur a reçu des fonds pour construire ses deux prototypes, dont le premier date de 2005. «Ces recherches se font étape par étape. Je ne cherche pas absolument un débouché commercial mais à prouver que l’on peut être plus autonome avec ce type d’énergie.»

Créé: 30.12.2018, 08h48

Cédric Carles, fondateur du projet paléo-énergétique

«Rétrofutur»
Cédric Carles, Thomas Oritz & Éric Dussert
Éd. Buchet Chastel, 207 p.

1980

La pile alcaline rechargeable de Karl Kordesch

Les consommateurs ignorent souvent que la pile alcaline n’est pas à usage unique. L’un de ses inventeurs, le chimiste d’origine autrichienne Karl Kordesch, l’a d’abord conçue comme une unité de batterie réutilisable. Selon lui elle est rechargeable, à condition d’être suffisamment solide. Il imagine alors un régénérateur capable de la réalimenter jusqu’à 25 fois. Ce produit va pourtant disparaître du commerce, remplacé par d’autres types de piles.

1974

Witkar, le premier Autolib’

Le projet néerlandais Witkar est l’ancêtre des voitures électriques en autopartage. Il a été mis sur pied par l’inventeur et politicien Luud Schimmelpennink, avec l’idée de réduire le trafic dans le centre d’Amsterdam. Witkar, avec ses 10 stations, possédait une flotte d’une centaine de véhicules et 4000 utilisateurs enregistrés. Faute de soutien municipal et un temps de recharge trop long, l’aventure a pris fin au bout de douze ans.

1869

Le vélocipède-carrousel

C’est aux États-Unis, en 1869, qu’une attraction originale offrant au public les premières sensations de vitesse mécanique voit le jour: le vélocipède-carrousel, où plusieurs personnes pédalent pour apporter de la vitesse à la structure. Le manège peut alors atteindre 60 km/h. Petit à petit, des prototypes se développent et colonisent l’Europe une dizaine d’années plus tard.

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